Demain

Dans quelques heures le déconfinement prend fin. Dans quelques heures c’est le retour à la normale, ou à l’anormal, comme certains le disent si bien.

Comme à la veille d’un jour de l’an, tu attends ce moment avec impatience. Et puis, en fait, tu te rends vite compte que c’est un lendemain comme les autres. Demain sera, en fait, très proche de jeudi dernier. Car, oui, vendredi était férié et les weekends continuent d’exister. Demain, comme une infinité de lundi matin, je prendrai le chemin du bureau. Sauf que maintenant mon bureau est dans un coin de mon salon, à dix pas de mon lit et à trois de ma douche. Car, oui, malgré le confinement, je continue de me laver… Demain, je travaillerai par écrans interposés. Demain, je retournerai aussi sur chantier tout en gardant mes distance de sécurité. Demain, il n’y aura toujours pas de bises claquées. Demain, un masque viendra compléter mon casque et mes chaussures de sécurité.

La semaine prochaine sera tout aussi étrange que la semaine précédente. Demain, officiellement on déconfine. Dans les faits le virus au nom de bière sera pourtant toujours là. De tout façon, voila déjà un mois que j’ai repris la gestion sur site des chantiers. Toutes les activités non-essentielles étaient censées s’être arrêtées. Apparemment le BTP est essentiel. J’avoue en avoir été choquée. Faire tourner l’économie est une priorité. La vie n’a pas de prix. C’est bien pour ça qu’il faut faire tourner l’économie…

Je dois pourtant vous avouer, que quand, j’ai remis les pieds sur chantier, j’ai pleuré. Mais la où je risque de vous surprendre, c’est que les larmes qui coulaient sur mes joues étaient des larmes de joie. En un mois, je n’étais sortie qu’une seule fois, histoire de ne pas mourir de faim à essayer de ne pas mourir du Corona. J’ai pleuré de liberté ! J’ai pleuré de me retrouver en extérieur. Seuls, ceux qui comme moi se sont retrouvés enfermés sans jardin, ni même balcon comprendront. Sentir l’air me caresser la peau, le soleil la réchauffer et les odeurs de fleurs me chatouiller le nez m’ont bouleversée. J’ai pleuré de vivre le bonheur de la simplicité.

Demain sera une triste journée. Demain sera une journée de retour à la normale où l’on prendra conscience que que le retour à la normale n’a rien de normal. Demain, même le ciel a décider de pleurer toute la journée. A moins que ce ne soit la terre qui ait choisi cette technique pour se garder un délai de sécurité. Demain, je pense quand même que j’irai danser. Qu’il pleuve un peu ou que se soit le déluge comme annoncé, demain j’irai danser sous la pluie avec mes bottes et mon ciré. J’irai respiré cette odeur de semi-liberté. Demain, je sortirai sans laisser-passer ! Alors oui demain, je retournerai sur chantier pour travailler, mais j’irai aussi approcher cette Garonne qui m’a fait de l’œil pendant 56 jours avec interdiction d’approcher.

Demain, j’avancerai masquée. Pas pour me planquer mais pour me protéger. Enfin surtout pour protéger la communauté. Demain, je devrai sourire avec les yeux car cela sera devenu le nouveau standard pour communiquer. L’interprétation de la communication non verbale va devenir très compliquée.

Moi l’asociale, je suis en manque de contact humain. Bientôt deux mois que je n’ai pas touché quelqu’un. Encore une fois, seuls ceux qui l’ont expérimenté comprendront. Une simple bise ou une franche poignée de main, des gestes d’une banalité affligeante, il y a encore quelques mois, sont devenus soudain un danger pour l’humanité. Quand on évoque la chaleur humaine, cela passe évidement par le toucher. Une évidence qui n’en est plus une. Distanciation sociale est devenu une base de la sécurité. C’est aussi pourtant un sacré moyen de déprimer.

Le monde de demain ne me fait aucunement envie. J’ai l’impression d’avoir perdu les petits plaisirs de la vie tout en ayant conservé les contraintes du monde d’avant. Les seules nouveautés sont des désagréments. Je rêve littéralement d’amour et de liberté. J’ai le sentiment que ces deux derniers mois n’ont eu lieu que pour me les voler.

Ce soir, j’ai encore envie de pleuré. De toute façon j’ai l’impression de pleurer pour un oui ou pour un non depuis le début de ce confinement. Si il y a bien une chose que cette période à réveiller c’est mon hypersensibilité. Il est possible, voire probable que ma retraite vipassana juste avant ce confinement y ait aussi contribué. Il est aussi possible, voire probable, que mes aventures sentimentales passionnées d’avant vipassana aient tout déclenchées. Il est possible, voire probable que de l’œuf ou de la poule, on ne saura jamais…

Six mois depuis mon dernier billet. Une éternité. Six mois que je ne suis pas prête d’oublier et que je ne suis pas sûre de pouvoir vous raconter… Je me sens aujourd’hui comme une boule à neige que l’on vient de secouer. Sauf que cela fait six mois que j’ai l’impression d’être ainsi agitée. Ce soir, c’est un peu comme si on venait de me poser. Il y a encore quelques flocons qui tournoient autour de moi mais les choses s’apaisent. Pourtant les choses me pèsent. Je rêve que mes rêves deviennent réalité. Je rêve d’amour et de liberté. Alors demain, je mettrai mes bottes et mon ciré, et qu’il en soit, j’irai dehors pour danser.

5 commentaires

  1. Je me retrouve beaucoup dans ton texte, cette impression du jour « comme les autres », ce manque de chaleur humaine (pourtant je ne suis pas tactile du tout, mais j’aimerais vraiment pouvoir prendre la main de qqun ou lui faire la bise). Manque d’insouciance aussi, je me demande quand je pourrais arrêter d’avoir peur des gens que je croise, peur de ne pas respecter la distance de sécurité. On nous a parlé de construire le monde d’après, finalement c’est comme le monde d’avant mais avec des règles en plus, et l’économie toujours reine… 😦

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