J50 – Bilan

Précédemment, je vous annonçais démarrer le défi des 100 jours de Lilou Macé « pour trouver sa mission de vie et se réaliser pleinement ». Aujourd’hui, j’en suis au cinquantième, et donc à la moitié du chemin. Et à mi-chemin entre départ et arrivée, il est souvent intéressant de faire le point. C’est d’ailleurs l’exercice du jour de ce challenge qui propose 10 questions pour balayer ces sept premières semaines de défi. Répondre à ces 10 questions aurait été un fil conducteur parfait pour suivre gentiment la ligne éditoriale que laisse entendre le nom de ce blog. Sauf que les cases ne sont pas pour moi. Même quand c’est moi qui me les dessine ! Il est fort possible que ce billet n’ai ni queue, ni tête puisque finalement, il ne suivra que le fil de mais idées plutôt emmêlées.

Le cœur de ce défi est de trouver sa voie. Alors, comme à mon habitude, quand je manque de mots, je me retrouve à devoir gérer des maux. En toute logique, j’ai donc perdu ma voix. Un classique quand on a des choses qui nous restent en travers de la gorge, qu’on arrive pas à les sortir ou à les avaler. Sachant pertinemment que j’accumulais toute ces jolies métaphores, je n’ai pas été vraiment surprise de me retrouver aphone. A dire vrai (expression mal adaptée, je vous l’accorde), cela m’a plutôt amusée (chercher sa voie -> perde sa voix). Pire, j’ai reçu cela comme un cadeau ! Une bonne excuse pour avoir la paix…

L’asociale qui est en moi avait dû faire un peu trop de sacrifice depuis le retour des vacances estivales. Trop de monde, trop d’engagements (au point me prendre les pieds dans des doublons de planning). Après trois semaines de trip en solitaire (ou presque), le retour à la sociabilisation a apparemment été un peu trop violent. Sans voix, plus d’interaction possible et donc pause forcée avec bonne excuse pour ne pas blesser les susceptibilités des personnes tenues à l’écart. Beaucoup plus diplomate qu’un « je vous emmerde tous, foutez-moi la paix » qui, me connaissant, aurait fini pas sortir tôt ou tard.

L’activation de ce mode silence n’étant pas temporisé, ce fut aussi silence radio au boulot. Et, là aussi, j’ai pris ça comme un cadeau :gros filtre à emmerdeurs et emmerdeuses. Etant, la très grande majorité de mon temps, sur chantier, ma consultation mail est épisodique et donc pas le moyen le plus efficace pour me joindre. Ma voix devenue inaudible au téléphone, l’appareil s’est vu restreint aux textos. Injoignable, ou presque. Bonheur. Une coupure de téléphone a pour effet de réduire fortement le déversement d’ondes négatives et de m’éviter d’en émettre. Une partie de mon boulot, celle qui me coûte le plus, consistant à faire chier  motiver les autres, j’ai bien conscient de ne pas toujours être une source de plaisir pour mes interlocuteurs. Il me restait tout de même la communication directe. Enfin quand je dis directe, c’est vraiment du one-to-one puisque seul le chuchotement au creux de l’oreille m’était possible. Exit les ordres consignes distribuées à la ronde en réunion ou par-dessus les bruits de perceuses, marteaux-piqueurs, bulldozers et autres chants du bâtiment. J’avais gagné l’occasion de me taire et ce n’était pas pour me déplaire. Après, en cas de force majeure, à défaut de pouvoir leur casser les oreilles, il me restait la possibilité de leur casser les pieds. Non la violence, n’est pas une solution mais quand les cordes vocales font grève le reste du corps se trouve obligé d’assurer le service minimum. Et, à ceux qui ont l’esprit mal placé, malgré la hauteur du vocabulaire chantier je n’ai pas eu à entendre que j’étais casse-couilles. Peut-être par peur que je leur donne littéralement raison.

Vous me direz surement que vous êtes tous passés par là et que cela n’a rien d’exceptionnel. Effectivement être aphone trois-quatre jours n’a rien d’extraordinaire. Mais au bout d’une semaine j’ai quand même ressenti un peu de lassitude. Ce qui m’a conduit à consulter. Médoc en poche, je n’avais, selon les dire de mon médecin, plus que 24 ou 48h à « souffrir » avant de sortir de cette situation. Que nenni ! j’en ai au final pris pour une bonne quinzaine de jours supplémentaires. Soit plus de trois semaines de mutisme… La moitié de cette moitié de défi. Pas mal, non ? J’attends encore mon rendez-vous avec l’ORL pour confirmer l’origine du mal mais il semblerait qu’un reflux gastrique en soit l’origine. Y’aurait-il aussi des choses que je ne digère pas ou mal ? Possible. Fortement possible. D’ailleurs cela s’accorde parfaitement avec celles qui me restent en travers de la gorge.

De ce silence forcé, j’en ai profité pour me ressourcer. L’asociale en moi a pu être chuchoter chouchouter. Cela m’a servi de protection dans une période de tension professionnelle en évitant de trop en dire et de surréagir tout en me permettant de fuir (c’est pas bien mais ça fait du bien). Moi qui ai longtemps eu pour défense, l’attaque, j’ai revu radicalement mes armes on dirait.

J’ai pu prendre le temps de converser avec moi-même, et pas que pour établir la liste de course. J’ai réussi à entendre quelques messages de ma petite voix intérieure. Et entre autres des messages déjà reçus mais que j’avais bien écartés sous prétexte du tourbillon de la vie.

Et puis, quand tu ne peux ps parler, ça laisse de la place aux autres pour le faire. Ça m’a permis d’apprendre à écouter et plus seulement à entendre. Moi, la grande bavarde, j’ai aussi appris à apprivoiser les silences d’une conversation qui me mettent habituellement dans un grand inconfort. Le silence prête à la confidence, aux échanges plus personnel et j’ai ainsi vécu de beaux moments relationnels.

Plus de force que de gré, j’ai appris à me taire et c’était une très belle leçon.

J’ai appris à apprécier le silence que j’ai renforcé en bannissant audio et video. J’ai renouer avec les livres que j’avais délaisser alors qu’ils me font tant de bien.

Le défi de Lilou est une invitation au voyage intérieur pour mieux se connaitre. Traverser le pays du silence a certainement contribué à me faire cheminer dans le bon sens. Avant de démarrer ce défi, j’envisageais de vivre une retraite Vipassana. Après cet épisode, je me suis promis de le faire. Les inscriptions pour celle qui me convient le mieux auront lieu quatre jours avant celui de « la vision quest » (J65). Timing parfait. Belle coïncidence, heureux hasard ou juste… synchronicité ! Les synchronicités sont justement un thème de fond de ce défi. Il n’y a ni hasard, ni coïncidence. le Jour 41 lui est d »ailleurs dédié.

Des synchronicités j’en ai ressenti quelques-unes ces dernières semaines. Pas forcément tous les jours mais parfois plusieurs par jour. Des petites qui font sourire et des grandes qui peuvent changer une vie. Il y en a deux qui m’ont particulièrement marquée. La première, avant même de commencer,a été de gagner ce cahier à un moment bien placé. Mon contrat s’arrête fin février et beaucoup de choses bougent en ce moment. En finissant ce défi début janvier, je suis dans ce fameux timing parfait pour prendre la bonne décision sur les suites à donner à ma vie professionnelle et des conséqunces personnelles que cela engendrera.

La seconde, la plus forte et la plus perturbante est liée au retour de ma voix qui s’est fait dans la foulée d’une idée de voie. Cette idée totalement déraisonnée s’est vue appuyée dans la journée par une série de « signes » que les statisticiens considéreraient comme une anomalie. Peut-être me direz vous alors  » Hourra ! ». Sauf que je n’en suis pas encore là. Les doutes, les peurs, l’éducation, la « rationalisation » me font garder cette idée à distance. L’écart entre cette voie et ma vie d’aujourd’hui et tellement grand que je suis pas prête à l’assumer. Tant et si bien que je ne l’exprimerai même pas de ce billet… Il me reste encore 50 jours pour savoir ce que j’en fais et si je vous en parle ou pas. 50 jours pour dépasser mes peurs,  faire preuve d’assertivité, grandir, réussir à lâcher le frein que je m’inflige moi-même. A rouler au pas, je ne risque rien. Je ne risque pas non plus de profite de ce que la vie nous offre.

Les 50 jours passés ont été forts en émotion. Peur, angoisse, colère ont souvent ressurgies. Et et avec force. J’ai l’impression que tout bouillonne en moi. J’essaye d’écumer ce qui remonte à la surface pour éclaircir mon intérieur mais ce n’est pas vraiment facile. Ce défi m’oblige me permet d’être à la fois actrice et spectatrice de ma vie. C’est déstabilisant. J’agis, réeagis voire non-agis en connaissance de cause. Je suis invitée à évoluer, me bousculer et m’observer. J’ai l’impression d’être mon propre parent. Je me dois de faire preuve de bienveillance envers moi-même sans non plus être trop tendre. Un subtile équilibre pas simple à trouver mais nécessaire pour correctement avancer. Il y a un coté schizophrène qui donne mal à la tête. Au sens propre comme au figuré.

Sur ces 50 jours, il y a eu des ratés avec des matins mal réveillée, pressée et/ou désorganisée et où le temps du défi n’a pas trouver sa place. Et il y a eu aussi des soirées trop fatiguée pour m’y plongée. Parfois les deux cumulés faisant certains jours entièrement sautés. Il y a eu aussi des jours qui ne m’ont pas inspirés, où j’étais devant mon cahier sans savoir comment répondre à la question posée. Et puis il y a eu des jours où tout coulait de source, des jours qui m’ont parlé, des jours qui m’ont permis de revenir sur ceux que j’avais négligés, des jours où de petites lumières se sont allumées. Et puis des jours comme celui-ci où le défi rempli la majeure partie du temps. A l’image de ma vie, ce défi et le cahier associé sont vécus avec irrégularité. Mais je me dis que l’important c’est d’avancer sans lâcher. Et puis même si je n’ai pas planché de la journée sur le sujet, le défi reste dans un coin de ma tête et me fais poursuivre ce défi de façon consciente et inconsciente. Certains jours de « pause » se sont d’ailleurs parfois révélés plus constructifs que ceux actés car ils ont permis de laisser décanter certains points pour mieux les réaborder.

Je me sens bien fatiguée en ce moment. Les facteurs sont multiples : la saison, l’activité au boulot, la santé qui ne suis pas, ou plutôt le corps qui s’exprime trop  (ma voix n’est pas la seule à faire des siennes en ce moment), et puis toutes ces questions que le défi soulève… A contrario ce défi me permet d’avancer et de trouver de l’énergie pour traverser cette période mouvementée.

Ce défi est un vrai travail de développement personnel. J’ai même envie de dire de développement intime. L’impact émotionnel est puissant et je ne m’y attendais pas forcement. Je pense que cela explique en partie mon besoin de solitude en ce moment. J’ai besoin de temps avec moi-même pour savoir ce que je veux vraiment, pour faire la paix avec moi-même, régler certains pour avancer, pour arrêter de fuir et de me fuir. Il y a un gros travail de lâcher-prise et de peur à dépasser. Il y a beaucoup de remise en question, pas toujours agréable à vivre.

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A cette heure, je me sens à la croisée des chemins. Ça tombe bien puisque je suis à la moitié du parcours. Je ne sais pas où je vais, encore moins où je finirai, mais je sens que je m’allège et que je déblaye le chemin. Il y a encore de gros blocages qui m’empêchent d’avancer. Aussi bien dans ce défi que dans la vie. En prendre conscience est une chose, les comprendre une autre. Quant à les dépasser ce n’est encore gagner…

Ce défi est un peu comme une séance de sport j’ai la sensation de me faire du mal pour me faire du bien et que les efforts effectués seront récompensé. L’entrainement n’est pas très régulier et pas toujours très poussé. Des fois je me dis que je pourrais mieux faire et puis je me dis que c’est toujours ça de pris. Manque de confiance et culpabilité jalonne le parcours.

De manière plus douce, je note ce qui me fais du bien et cherche à les intégrer dans mon quotidien. Certains points impliqueraient une révolution plus qu’une évolution.  Cela m’effraie mais cela fait partie des peurs que j’essaie de surpasser. La peur m’empêche d’agir, alors que je suis sûre que si j’agissais mes peurs n’arriveraient plus à me retenir. Les gens qui me semblent les plus heureux sont ceux qui ont oser. Et j’ai envie de les imiter. Mes meilleurs moments de vie ont découler de peur dépassée tandis que mes regrets viennent d’actions non réalisées.

100 jours c’est à la fois long et court. Long, pour l’impatiente que je suis et en même temps très court sur l’échelle d’une vie. Alors j’avance pas à pas en prenant le temps d’apprécier au mieux l’instant présent. Suivant la difficultés du terrain, la vitesse n’est pas la même mais j’avance quand même. Je lâche mes lourdeurs du passé et repousse les angoisses de l’avenir.

Je vous suis reconnaissante, à vous qui êtes arrivé.e.s jusque là. J’ai l’impression d’avoir écris longuement pour, au final, n’avoir rien dit. Entre confusion et pudeur, j’ai du mal à en dire plus. J’ai aussi le sentiment d’avoir une tonalité un peu sombre dans cet article qui reflète surement plus mon humeur du jour et la couleur du ciel que les nuances colorées que j’ai pu rencontrer sur le chemin. J’espère vous revenir avec un bilan final bien lumineux et peut-être, d’ici là, quelques articles plus joyeux.