Journée spéciale

J’ai commencé à m’interroger sur mes vacances estivales au mois de mai. J’avais trois pistes, trois envies. La plus ancienne nécessite du temps, de l’argent et un niveau en anglais bien supérieur à celui que j’ai actuellement. Cela consisterait à traverser l’Atlantique en bateau pour arriver dans le port de New-York puis partir traverser les Usa à bord Californian Zephyr pour visiter la Californie et quelques-uns des grands parcs nationaux. La seconde est de découvrir l’île de Pâques. Mais notre été est leur hiver. Me restait la solution de facilité le Belem.

Connaissant le bateau, je savais que j’y trouverais sérénité et ressources. Par contre niveau challenge et découverte, y’avait pas de grandes perspectives. J’ai quand même jeté un coup d’œil aux navigations de la saison. Quitte à re-embarquer, je voulais essayer de varier les plaisirs. J’avais déjà testé le golfe de Gascogne et la Méditerranée. Un petit tour dans le Nord pouvait donc m’intéresser. Ça tombe bien, je savais que Belem voguait sous ces hautes latitudes cet été. Dans mes autres critères pour choisir mon embarquement, il y avait la durée. 4 jours l’année dernière c’était un peu juste. En faisant un tour sur le site de la fondation, j’ai constaté que de nombreux stages était déjà complets. Parmi ceux restant, il y en a un qui m’a fait de l’oeil rapidement : Le 14, Oslo-Edimbourg. Mer du Nord -> bon point. Traversée de huit jours. La plus longue du programme -> bon point. La plus cher par conséquent… Moins bon point mais, du coup, c’est un bon atout pour qu’il y n’y ait pas trop de monde. Autre point positif, Oslo et Édimbourg sont deux villes que je ne connais pas dans deux pays que je ne connais pas non plus mais que je serai heureuse de découvrir. Cerise sur le gâteau, les dates : du 28 juillet au 5 août. Cela voudrait dire que je passerais mon anniversaire en mer. Et ça, c’est une idée qui me plaît beaucoup. Et bon, vu ce que je suis en train de vous raconter depuis plusieurs jours, vous savez l’option que j’ai finalement choisie…

Nous voilà donc arrivés à ce jour spécial. Mon jour. Celui que je m’accorde chaque année pour me faire plaisir. Jour que je me suis décrété férié. Sauf que… Sauf que cette année le sort a décidé de se moquer de moi : je démarre la journée avec le quart de minuit à quatre et je finis avec celui de huit à minuit. Entre les deux je suis de service pour le repas de 11h ! Sérieux ?! C’est ma journée la plus chargée du stage. Celle où je vais « travailler » le plus et dormir le moins…

Par chance ou plutôt par gentillesse, Didier, un stagiaire de mon tiers avec qui j’ai sympathisé dès le premier jour me propose d’intervertir nos services. Je suis donc libérée de la corvée du midi En échange, je prendrai celle du lendemain. Avec plaisir cette fois.

Bon, reprenons le fil de l’histoire. Nous sommes encore le premier août. Je suis sur le pont, adossée à la cuisine, à regarder la mer dans la nuit. J’attends minuit. Minuit pour prendre officiellement le quart. Minuit pour prendre officiellement un an. Je dois admettre un peu de vague à l’âme. Le cap des 35, c’est celui où, bien que toujours dans la trentaine, tu bascules du coté des 40. Ça m’effraie. Ça m’effraie de voir à quel point le temps passe vite, à quel point il me file entre les doigts. J’ai encore tellement d’envies. Je me sens encore débutante dans la vie. A l’heure, où la plupart de mes ami.e.s sont en couple, avec des enfants, propriétaire et en CDI, je me sens en total décalage avec mon âge que je commence pourtant à ressentir. Le coiffeur m’a fait découvrir mes premiers cheveux blancs il y a quelques semaines. Sur ce bateau, il y a les jeunes, les vieux et moi qui me balade entre les deux. Et, a cet instant, je n’ai pas encore rencontré ces « vrais » jeunes français de l’auberge de jeunesse écossaise qui ne pourront s’empêcher de me vouvoyer. Par respect, dû à mon grand âge j’imagine…. Ces deux dernières années ont été rudes et m’ont marquée physiquement. J’ai longtemps fait plus jeune que mon âge. Aujourd’hui je fais au moins celui que j’ai. Pourtant, plus le temps passe, plus je me sens raccord avec moi-même et en paix. En paix avec moi-même mais aussi avec les autres. La sagesse peut-être ?

Bref, il est minuit moins deux ou moins une. Tanguy, un des plus jeunes sur ce bateau, se tient devant moi et me fait un décompte digne d’un 31 décembre pour être le premier à me souhaiter mon anniversaire. Touchant. Et, puis la nouvelle se repend rapidement. Entre le quart qui monte et celui qui descend, aussi bien côté stagiaire qu’équipage, des « joyeux anniversaire » me sonne gaiement dans les oreilles. Je me sens bien à ce moment, au milieu de la mer, au milieu de gens qui m’étaient encore inconnus il y a seulement quelques jours.

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Passées ces quelques minutes particulières, le train-train du Belem reprend : Veille-Barre-dispo pendant une heure toutes les heures et toutes les 20 min pour la dernière avant la relève. Le tout, toujours, sous un ciel joliment étoilé. Et puis, relève à 4h pour pouvoir aller se coucher.

A 11h, Julie ma voisine de bannette me réveille gentiment pour me signaler que le repas a déjà démarré. Sachant que j’ai zappé le petit dej’ et que le dîner est encore bien loin, je la remercie et m’habille rapidement. Tout le monde est déjà attablé et a commencé à manger. Je file donc au fond de la batterie où il reste encore deux-trois couverts de libres. J’entends de nouveaux quelques « joyeux anniversaire » dont je n’identifie pas trop l’origine car mon cerveau est toujours en cours de démarrage.

Le repas se passe comme à son habitude quand, subitement, les lumières s’éteignent. Le dessert arrive en grande pompe jusqu’à moi, surmonté de cinq bougies, et accompagné d’un joyeux anniversaire chanté en cœur. Quelqu’un a filmé, un autre a photographié sauf que si pour le coup je suis bien réveillée, je suis maintenant troublée et de ce fait je n’ai aucune idée de qui a immortalisé ce moment. Donc je n’ai rien récupéré… Dessert « local » oblige le gâteau fut évidemment une délicieuse omelette norvégienne.

A la fin du repas Didier et Julie qui connaissait l’existence de cette surprise à l’avance m’ont avoué avoir eu peur que je préfère rester dormir plutôt que d’assister au repas et craint un flop à l’arrivée des bougies. Il m’o t également rappeler que j’avais eu une bonne idée de vouloir intervertir mon service car s’apporter son propre gâteau n’aurait pas été top. Alors, à eux deux, merci ! Et à tous les complices aussi. Même si pour l’anecdote c’est moi qui ait été remerciée par beaucoup car, grâce à moi et à mon grand nouvel âge, tous se sont régales d’un dessert qui sortait de l’ordinaire. Évidemment le second service a eu la même gourmandise ; sans la mise en scène cette fois. Surtout que pendant ce deuxième acte, j’avais de nouveau rejoint Morphée.

A mon deuxième réveil de la journée, une belle surprise m’attendait. Elle ne m’était pas spécialement réservée mais elle m’a enchantée. Cet après-midi il y avait ascension dans la mâture ! Si j’avais déjà pu grimper sur la première vergue, j’allais avoir la possibilité de grimper jusqu’à celle du grand cacatois. Harnachée comme il faut, je m’envole donc vers le sommet du grand mât. A quelque 30m de haut, la vue est superbe, la sensation magique ! J’aime ascensionner les grues mais là, c’est un niveau de kif bien plus grand. Ça bouge pas mal là-haut mais pas le moindre signe de mal de mer. Le ressenti est plus celui, apaisant, d’un hamac ou d’une balançoire. C’est vraiment un beau cadeau d’anniversaire !!! Et je suis vraiment heureuse de passer cette journée spéciale à bord du Belem quelque part dans la mer du Nord.

De retour sur terre le pont, la journée se poursuit très agréablement avec sa routine tranquille entre chill, repas et nouveau quart de nuit. Aujourd’hui encore, je verrai le minuit de début de journée et celui de fin. Une journée comme les autres, une journée pas comme les autres. Une journée spéciale qui restera bien ancrée dans ma mémoire. Et j’espère que dans 35 ans je m’en souviendrai encore avec plaisir tout en appréciant le 70ème que je viendrai de fêter joyeusement.

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