Minuit-minuit

Avec un quart de 0 à quatre, la journée commence avant même minuit. Comme d’hab, un gentil membre de l’équipage vient nous réveiller un bon quart d’heure avant l’heure. Comme d’hab, je suis trop dans le brouillard pour savoir qui. Comme d’hab, je serai quand même à l’heure au rendez-vous sur la dunette. Comme d’hab notre tiers est réparti entre barre, veille et dispo.

Je prends conscience que nous avons quittés Arendal et repris la mer après le repas pour poursuivre notre route vers Édimbourg. Evidemment, je dormais à ce moment-là donc je découvre ça à l’instant.

Comme pour toute sortie de port, nous avons dû le faire au moteur. Cependant les conditions de mer et de vent sont idéales, nous allons donc pouvoir repasser à la voile. Il fait nuit noire. C’est étrange, j’en avais perdu l’habitude avec ce soleil estival insomniaque du grand nord. C’est beau aussi, avec ce ciel étoilé, loin de toute pollution lumineuse.

Pour les quarts de nuit que j’avais pu effectuer lors des navigations précédentes, la lumière artificielle était proscrite. Il faut environ 20 minutes pour optimiser sa vision nocturne. Par contre un seul flash de lumière nous oblige à reprendre le processus d’adaptation à l’obscurité. Il est donc plus sécuritaire pour tous de s’habituer à se repérer dans le noir que de se balader avec des lampes de poches qui nous éclairent ponctuellement mais ne nous permettent pas d’évoluer librement ni d’avoir une connaissance large de notre environnement. Et encore moins lorsqu’il s’agit, à la veille, de guetter la mer pour y repérer un éventuel danger. Seule la lumière rouge est tolérée car elle ne perturbe pas tant que ça notre vision nocturne (cf les labos photos – pour ceux qui ont connu l’argentique).

Cette fois, apparemment ce n’est pas le cas. L’équipage est muni de lumières classiques. Dommage, car effectivement j’ai plus de mal à m’adapter. Je fais part de ma surprise aux gabiers qui m’expliquent que nous allons établir l’ensemble des voiles du grand mat et de celui de misaine et que pour s’assurer du mieux possible que chaque cordage est bien en place avec la tension adaptée, il plus prudent d’utiliser un minimum d’éclairage. Il arrive en effet que deux bouts se croisent ou qu’une écoute soit bloquée et s’en rendre compte sans visuel n’est pas assuré. A défaut d’être confortable ces lumières qui se baladent dans le noir et sur les voiles confèrent une ambiance mystique. Une ambiance qu’il me semble impossible de trouver ailleurs que sur Belem !

La manœuvre va prendre une bonne partie de notre quart. En effet, de nuit et à 10 (toujours 12 moins un veilleur et un barreur) nous ne ferons pas sensation niveau rapidité. Sur les quatre membres de l’équipage qui nous accompagnent, un reste à la timonerie et les trois autres nous encadrent pour diriger les actions et vérifier que tout se passe comme prévu.

Ce quart est considéré comme le plus « dur » car celui le plus éloigné de notre rythme de terrien. Le risque de somnolence est très fort en cas d’inactivité. Pour le coup, cette nuit, il est passé bien vite aux vues de toutes les manœuvres que nous avons effectuées : affamer les voiles, hisser les vergues, brasser les phares, border le tout et enfin lover l’ensemble des cordages que nous avions bien mis en bazar pour l’occasion. Si ce moment a été plaisant, j’avoue ne pas avoir été mécontente de voir la relève monter pour pouvoir regagner ma bannette et retrouver Morphée.

11h. Déjeuner. Malgré mes boules Quiès l’ambiance sonore me réveille et j’émerge de nouveau pour aller manger. Je ne fais qu’une apparition le temps du service et retourne dormir aussitôt. Le plus, pour moi, cette nuit a été de me lever à minuit. Donc pour ce soir, vu que je rejoue aux mêmes heures, je prévois de ne pas me coucher. Ça me semble plus facile. Sauf que, comme je me sais sensible au mal de mer et grosse dormeuse de base, je ne veux pas prendre le risque de me retrouver en déficit de sommeil. Du coup j’anticipe en dormant le jour (pour finir la nuit passée et anticiper sur la suivant.

Je démarre ainsi réellement ma deuxième partie de journée vers 14h. Sans surprise la salle de bains est libre. C’est l’un des avantages du rythme du Belem. Comme chacun gère son sommeil comme il veut peut en fonction de ses heures de quart et de repas, nous dormons tous à des heures différentes et le timing hygiène se retrouve lui aussi sur des heures totalement farfelues par rapport aux habitudes terrestres classiques.

L’après-midi se passera tranquillement à admirer la mer (quelques dauphins nous ferons un bref coucou – pas le temps pour un photo), bavarder avec les autres membres à bord (stagiaires comme membres de l’équipage) et participer aux manœuvres de barre ou d’ajustement au vent.

Petite pause nutritive à 19h et je remonte sur le pont avec le 2ème tiers qui démarre son quart. Le premier tiers est passé à table avec la moité du mien. Et l’autre moitié qui a dîner en même temps que moi s’apprête à dormir. Je suis donc seule à errer librement sur le pont et à profiter du soleil déclinant sur l’horizon. Un sentiment de paix m’envahi à ce moment.IMG_6575

Comme le tiers de quart n’est pas plus nombreux que le mien, l’équipage me demande de me joindre aux manœuvres pour filer un coup de main aux stagiaires de service. Et oui toutes les forces comptent sur cette navigation. Même la mienne !

Mention spéciale pour cette journée où j’ai passé éveillée le minuit de démarrage et le minuit de clôture.

Mention spéciale pour cette nuit qui démarre où je ferai deux quarts d’affilé.

Et surtout mention spéciale pour la journée à venir que je ne suis pas prête d’oublier…

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s