Nourrir les poissons

Jour 2

Réveil 3h40… Et oui, je suis de quart de 4 à 8. Donc l’équipage vient nous réveiller avec « un peu » d’avance, histoire d’être sur que nous soyons sur la dunette à 4h.

Déjà qu’un lever à 7h m’est difficile, je suis totalement au radar à cette heure plus que matinale. Mais bon je m’actionne et suis au rendez-vous comme il faut. Notre tiers se compose en toute logique de 12 personnes, puisque nous sommes 36 stagiaires embarqués sur cette navigation. Pour nous accompagnés, les trois matelots et l’officier de quart. Notre tiers se retrouve de nouveau divisé en 3 tiers. Et chaque tiers de tiers se retrouve affecté à un poste, Vigie, Dispo ou Barre, puis s’en va relever le groupe du quart précédent, le zérac (pour zéro à quatre), bien heureux de pouvoir aller dormir.

Je commence par la veille (ou vigie). Pendant une heure, nous guettons l’horizon sur le gaillard avant pour signaler à la Dunette/Timonerie toute embarcation, phare, OFNI (Objet Flottant Non Identifié) ou autre élément nouveau dans le paysage. A cette heure, c’est plutôt calme. L’ambiance est super sereine et nous assistons au lever du jour en toute détente.

20190730_042313.jpg

5h. Passage à la barre et donc retour sur la dunette. Une personne à la fois. Les autres s’occupent comme elles le sentent C’est souvent le moment pour aller faire les curieux dans la timonerie et se renseigner sur notre route, notre vitesse et approcher tous les instruments de bord.

A 6h, de nouveau changement de poste. Nous passons en dispo. C’est-à-dire que nous nous tenons prêts pour toute manœuvre de voile. Bon, à quatre on ne fait pas grand chose sur un trois-mâts. Donc, en cas de manœuvre, il n’y a qu’une personne qui reste à la veille et une autre à la barre. Le reste du tiers se regroupe pour unir ses forces. Ce qui nous fait un peloton de 10 paires de bras dans notre cas. C’est à dire toujours pas beaucoup. Les navigations étant programmée pour 48 stagiaires et étant quasiment toutes pleines, les tiers font habituellement 16 personnes, ce qui commence à être intéressant en main d’oeuvre pour l’équipage.

Les quarts de nuit pouvant paraître assez long, l’équipage trouve toujours un phare à brasser, une voile à envoyer, une écoute à border, des cordages à lover pour nous occuper activement pendant cette période. Si il n’y a rien de spécial à faire, on nous propose quasi systématiquement de regarder une video en lien avec la navigation dans le petit roof. Mais après plusieurs embarquements, leurs ressources ne sont plus très attrayantes20190731_051120_1.jpg

De toute façon, comme à 7h c’est petit dej’, nous sommes affectés à la mise en place de la table dans la batterie à partir de 6h45. Vu que les deux autres tiers dorment encore, le mot d’ordre est : silence ! A pas feutrés nous effectuons les allers-retours entre la cuisine sur le pont et la batterie sous le pont. L’échelle/escalier et le passage des portes étanches est toujours un moment délicat lorsque nos bras sont chargés.

Evidemment, aujourd’hui, je suis à l’heure pour ce repas. Enfin autant que notre amirale qui doit avoir quelque problème de sommeil et qui est attablée à 6h50 alors que nous n’avons toujours fini de disposer le service. Avec l’épisode de la veille, je me fais un plaisir de lui dire que ce n’est pas encore ouvert. Elle se moquera autant de ma remarque que moi de la sienne le jour précédent. A 7h50, tout le monde a déserté. Nous remontons donc tout en cuisine où nous nous faisons fraîchement accueillir par Alex qui me rappelle qu’il y a potentiellement des « lève-tard » à bord qui ne se lèveront peut-être que 5min avant la deadline et qu’ils ont bien jusqu’à 8h pour en profiter. Et, effectivement, deux zombies sont apparus pour enfiler rapidement un café et un bout de pain sur ces dernières minutes. 8h15, table débarrassée, vaisselle nettoyée et rangée, je peux enfin retourner me coucher jusqu’au déjeuner qui pour ma part sera à 11h.

11h, à table ! Même si on embarque pour la voile et la mer, je crois que les deux activités principales sont manger et dormir. Le couvert est dressé mais… sur filets. Ce qui peut vous paraître neutre réveille en moi une petite alerte. Les filets sont de sortie quand le bateau nous secoue suffisamment pour faire tomber de table ce qui s’y trouve. Et effectivement, le mouvement a pris de l’ampleur pendant ma sieste du matin. A tel point que j’ai hâte de finir mon repas pour aller prendre l’air frais sur le pont.

C’est le début de la fin…

Si la journée d’hier était d’un calme plat sur le fjord, ce n’est plus la même chose aujourd’hui. La position debout sur la coursive va assez rapidement passer à assise puis couchée à plat-pont dans le grand roof… A noter que même s’il s’amuse à me faire de fausses alertes, mon estomac à l’air, quand même, décidé à ne pas rejeter son contenu. Par contre, je tremble, je frissonne, j’ai froid. Je n’ai plus aucune notion du temps qui passe ni de ce qui m’entoure. Je sais juste que nous sommes de plus en plus dans le grand roof qui a été temporairement rebaptisé la « morgue » aux vues de la couleur de ses occupants et de leur attitude.

Si mon corps ma lâché et que j’ai l’air en piteux état, mentalement ça va. Je suis passée en mode recentrage sur la respiration, pleine conscience et méditation. Ça aide beaucoup à traverser ce moment mine de rien. Par rapport à ma première expérience et aux vues de l’état de mes compagnons de bord, je trouve d’ailleurs que je gère plutôt bien cette fois. J’irai même jusqu’à dire que je suis plutôt sereine. J’attends que ça passe car je sais que ça ira mieux demain. Par contre mon Le corps, lui s’est une autre histoire. Les symptômes ressemblent fort à ceux d’une grippe intestinale. Toujours tremblant, incapable de se tenir en position assis, j’ai l’impression qu’il est au bout de ma vie. Le summum a été quand des larmes se sont mises joyeusement à couler pendant plusieurs minutes. Comme ça, sans sanglots, sans ressenti ou émotion particulière. Juste comme si ça débordait à l’intérieur et que incapable de gérer le corps libérait la pression par un flot lacrymale.

Même si elle n’est pas très fraîche, notre stagiaire médecin (et non médecin stagiaire) est encore debout et fidèle à son serment d’Hippocrate tente de nous soulager dans la mesure de ses moyens. Elle me demande ce qui me ferait du bien et je lui répond faiblement qu’une couverture et un peu de raisin ferait mon bonheur. Je mettrai une heures pour avaler les 5 grains apportés et resterait prostrée dans la couverture jusqu’à tard dans l’après-midi, moment où sentant un regain de vitalité je tente une descente en batterie me chercher un thé et un nouveau mercalm (oui, j’en avais déjà pris par précaution avant d’être mal – utile mais pas suffisant). Mauvaise idée. 10 minutes plus tard je nourrissais à mon tour les poissons du contenu de mon estomac incluant mon précieux cachet. Me sentant incapable de retournant dans les entrailles du bateau pour en reprendre un autre, je me contente de retourner comater sur le plancher du grand roof.

19h. Je ne sais comment la journée est passé mais c’est déjà l’heure du premier service du soir à en croire la cloche que sonne. Je ne sais même pas à quel moment je suis censée manger. De toute façon peu m’importe, il n’est pas question que j’avale quoique soit.

20h, deuxième round. Vu ce que je capte, je crois comprendre que tout ceux en état de dîner auraient pu tenir en un seul service. Pour ma part je n’attends qu’une chose, c’est que le repas soit terminé pour tous afin de pouvoir me réfugier dans ma bannette, sans odeur de nourriture, pour y purger ma nuit.

Au final, je n’aurai pas vu grand chose de cette journée mais je l’aurai bien ressentie et m’en souviendrai longtemps. Je pense d’ailleurs que je ne serai pas la seule. Vous m’excuserez du manque de photos mais ce n’était absolument pas dans mes capacités du jour.

Je tire mon chapeau à Adèle qui a assuré son quart à la barre en s’éclipsant juste le temps qu’il faut pour alléger régulièrement son estomac et à Alex qui a fait de même pour assurer en cuisine alors que dans le grand roof nous avions jeté un tabou sur tout ce qui avait trait à la nourriture. L’équipage assure, par tout temps, quoiqu’il lui en coûte !

Allez, demain ça ira mieux.

1 commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s