La peur de ma vie

Je crois que je suis de nouveau dans une phase de remise en question. Vu le nom du blog ça ne devrait surprendre personne. J’ai eu l’impression d’avoir trouvé une certaine stabilité. Qui m’a fait du bien. Je pense. Je crois. Mais je ne suis pas sûre que cela me convienne à long terme. Pour moi stabilité a tendance à rimer avec routine. Or la routine me déprime.

Ces derniers jours, j’ai de nouveau craqué. J’ai l’impression que mon boulot consiste à recevoir la pression du client et à la retransmettre aux entreprises. J’ai le sentiment qu’il est vide de sens et empli d’ondes négatives. Cela fait 2 ans que je suis en CDD avec un contrat qui me porte encore sur les 6 mois à venir.

Cette semaine, j’ai craqué et j’ai demandé à mon patron s’il voulait que je lui donne ma démission aujourd’hui ou si j’attendais la semaine prochaine. Le ton était léger mais la pensée était sérieuse. Il m’a répondu la semaine prochaine. Le soir même il m’a proposé de prolonger mon contrat jusqu’à l’hiver prochain…. Je lui ai répondu que vu ma proposition de l’après-midi, la sienne était mal venue et qu’on en rediscuterai la semaine prochaine.

Je sais que cette offre n’est pas le fruit du hasard. Je ne cache ni ma situation, ni ma confusion. Pas même aux clients. Certains diront que je ne sais pas me tenir. Je m’en fiche, m’a liberté de pensée et d’expression passe avant les conventions. Je ne sais pas mentir et n’en ai aucune envie. Bref, un de ces clients en question a bien senti que cette petite histoire de démission n’était pas une parole en l’air et a été voir mon patron à la fin de la réunion pour qu’il s’assure de ma présence jusqu’à la fin de son opération, c’est-à-dire fin 2019.

En parallèle de ce projet, j’en ai deux autres en phases de livraison. Sur des chantiers de deux ans, cela correspond au sprint final d’un marathon. J’ai deux/trois mois à tenir à ce rythme-là. Je ne sais pas comment je vais tenir la pression sans dépression. Il parait déjà que j’ai perdu du poids, si j’en crois la remarque qu’on m’a fait hier. Fort possible étant donner que je me retrouve parfois trop occupée ou trop fatiguée pour manger.

J’ai l’envie de tout quitter et on me propose de m’enraciner un peu plus. A ce jour je me sens incapable d’accepter. Au fond de moi, j’espérais que l’échéance de février me « libérerait ». J’envisageais de quitter Toulouse pour rejoindre l' »Océan » comme ils disent ici. La mer me manque. Énormément. J’ai l’impression d’être une droguée en manque. Mon escapade sur Belem cet été , loin de m’apaiser, à raviver ma dépendance.

Vous me direz que je suis libre de refuser et donc libre de partir. Le problème c’est je ne m’en sens pas capable. Histoire de culpabilité, de « conscience » professionnelle. Je n’ai pas envie de laisser tomber mon client. Mais… une fois que j’aurai fini avec celui-là, je serai bien engagée avec un autre et le schéma se reproduira. Si j’accepte de prolonger de quelques mois, dans quelques mois j’accepterai encore quelques mois et ainsi de suite. 10 ans pourront passer à ce rythme. Je me réveillerai un jour en me demandant comme je me suis laissée emporter là.

Cela va faire deux ans aussi que je me suis mise à rêver d’un voyage au long court. Plus le temps passe, plus je me dis que je laisse ce rêve s’éloigner de la réalité. L’autre jour, j’ai entendu dire qu’il fallait être auteur.e de sa vie et non spectateur/trice. Cela m’a particulièrement touchée, car j’ai bien conscience que je me laisse balloter par les événements au lieu de les provoquer.

Je me suis remise à courir après dix ans sans pratique de cette activité. Cela me permet d’évacuer physiquement un trop plein psychologique. La petite voix au fond de moi me dit aussi que c’est une jolie allégorie de la fuite. Je fuis ma vie, mes choix, mes responsabilités propres, mes peurs. Mes PEURS. Je crois que le nœud est la. Dans la peur. Je me sens couarde. La peur me paralyse.

J’ai été élevée dans la raisonnabilité. Plutôt fourmi que cigale. Si je regarde avec objectivité ma situation, j’ai les moyens de tout plaquer. Mais je ne le fais pas. J’ai peur. Je m’accroche à chaque minuscule circonstance pour me trouver l’excuse de ne pas me laisser aller. Cette prolongation de contrat en est une.

Cette peur me rend malade. L’autre jour, j’ai couru à m’en rendre vraiment malade. Je ne savais même pas que c’était possible. Mode gastro activer pendant 3h…

J’ai peur de partir mais j’ai peur de rester de rester aussi. J’ai peur de voir ma vie défiler et de me la charger de regrets. De me dire « j’aurais dû ». De ce fait, je n’avance nul part. Ni dans mon enracinement, ni dans mon envol. Je n’achète pas d’appartement de peur de me sentir fixée ; je n’achète pas de billet d’avion de peur de me sentir larguée. Je suis bloquée dans mes contradictions.

De tous ces nœuds qui m’encombre l’esprit, il y en a un ou deux qui ont glissé dans mon estomac, et puis un autre qui s’est arrêté dans la gorge. Je sens, par bouffée, des larmes qui cherchent à s’échapper. Si j’arrivais à les laisser s’évacuer peut-être que cela me permettrait de me laver les idées.

Tout à l’heure ça a débordé. Le déclancheur ? Génération tour du monde : Le voyage d’une vie. De voir ces gens qui ont osé m’a bouleversée. Il y a un passage (23:30) où il est question de « chance ». Les gens leur disent qu’ils ont de la chance. Si ils sont d’accord pour dire qu’ils sont nés dans un contexte privilégié, ce qui leur permet de vivre ce qu’ils vivent, ce n’est pas la chance ma leur volonté. Ce que j’entends à ce moment-là, c’est bouge toi ! Mais je n’y arrive pas. J’ai besoin d’un coup de pouce, voire d’un coup de pied pour me lancer. Certaines personnes de mon entourage m’encouragent. Mais mes plus proches n’y croient pas, me découragent, me disent que ce n’est pas raisonnable ni réalisable. Je sais que c’est réalisable et j’en ai marre d’être raisonnable. Mais j’ai l’impression d’avoir été formatée pour l’être et je n’arrive pas à me reconfigurer en mode liberté.

Je suis en colère contre moi. Je suis en bataille contre moi. Je n’ai aucune idée de la partie qui va gagner. Je soutiens l’une mais je crois en l’autre. Je sais que je serai fière de moi si je passe le cap. Je sais que j’aurai de regrets si je ne le fais pas. Je sais que c’est possible, que ma vie ne sera pas plus en péril en partant faire ce voyage qu’en restant ruminer ici. Dans la liste des pours et des contres. Les pours l’emportent largement. Mais la peur semble être le vigile de ma vie et je n’arrive pas à la laisser me permettre de Vivre ma vie et non me contenter de la contempler.

Encore un article avec des questions sans réponses. Mais écrire me fait du bien. Poser des mots soulage mes maux. Si vous avez un avis sur le sujet, n’hésitez pas à commenter ça ne pourra que m’aider.

Publicités

6 réflexions sur “La peur de ma vie

  1. j’ai l’impression que je suis dans le même endroit que toi. Le ’10 ans’ correspondent particulièrement à ma situation. Pour moi il s’agit pas de partir mais juste de prendre des vacances pour reprendre des forces. Mais moi aussi comme bon petit soldat je repart me battre dans les circonstances encore plus difficiles.
    Pour ton dilemme je dirais ‘part’. Si envie est là, les moyens sont là, tout est pour et juste la programmation t’empêche de réaliser ce qui semble le meilleur pour toi il faut trouver une aide pour la surmonter si tu n’arrive pas seule. Un ami, un coach, un psy…
    Et pour le boulot, tu dis juste, il y aura toujours un client. Mais il a le contrat avec ta boîte et non avec toi. Tu laisse tomber personne. Ton patron trouvera un replaçant, c’est tout. Ou tu te crois irremplaçable 😉

    J'aime

  2. Je résumerai ainsi ce que j’ai lu : j’ai envie de partir et tout me le permet mais j’ai peur. Il y a beaucoup de pour mais un contre (la peur) qui domine. Mais ce contre tu as envie de le dépasser. Donc tout est pour et tu as envie de partir… En fait de quoi as-tu peur exactement ? De ne pas retrouver du travail après ? pourtant visiblement ton profil plait, on veut même te retenir. De te laisser aller à faire tes rêves ? Pourtant tu pourrais aussi regretter de ne pas l’avoir pas fait et il faut sauter le pas. D’aller à l’encontre de l’avis de ta famille ? En y allant tu iras dans le sens de ceux qui t’encouragent et tu leur prouvera qu’ils ont tort (ce n’est pas leur faire du tort, juste vivre ta vie qui n’est pas la leur). Bref, c’est plus facile à dire qu’à faire mais étant donné que le seul « contre  » en présence semble in fine la peur… en la cernant davantage tu devrais arriver à mieux la dépasser… Bon courage !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s