La vie en mer

Jour 2

J’émerge de mon sommeil en douceur. Malgré mes boules Quiès, j’entends une rumeur. Quelle heure est-il ? 7h30. Ah, oui quand même. J’ai dormi 12h30 d’affilé, malgré mes 5 à 6h de sieste la veille !! Le petit dej’ bat son plein et la rumeur que je percevais est en fait, une fois mes oreilles libérées, un beau vacarme. Je suis censée être opérationnelle dans 30min et je suis encore dans le coltar.

Tiens d’ailleurs, comment vais-je ce matin ? Allongée ça à l’air d’aller. Je tente la position assise (en faisant gaffe de ne pas m’assommer avec la bannette du dessus). Ça va toujours. Et debout ? Ben, on dirait que je tiens la route la mer. Et ce malgré le roulis du bateau. J’ai faim même ! Ça me semble bon signe ça. On dirait qu’ils avaient raison avec leur « ça ira mieux demain ». Bon, c’est bien jolie, cette introspection mais faut que je me dépêche un peu là. Tant pis pour la douche, on verra plus tard. Je m’habille vite fait, parcours les 3 mètres qui me sépare de la partie commune et me retrouve accueillis par les vivats de mes co-stagiaires, tous heureux de me voir en forme. Je m’attendais pas à ça… La bienveillance et la convivialité de ce groupe font d’ailleurs partie des souvenirs forts que je garderai de cette expérience.

Mon état les avait apparemment préoccupés. Même si je n’étais pas la seule malade, j’étais celle la plus atteinte, et de loin apparemment (perso, j’ai pas trop eu la possibilité de m’en rendre compte). D’ailleurs, le capitaine ne me le dira que le dernier jour, mais partie comme j’étais, il me voyait bien au fond du trou tout le voyage… L’histoire des 24h c’est vrai pour la plupart des gens MAIS pas pour les plus sensibles. Si on ne me l’avait pas préciser c’était pour que je garde l’espoir, histoire de pas avoir la « Frousse ». Apparemment, ils ont bien fait car, toujours d’après le commandant*, c’est mon mental qui m’a permis de passer le cap.

La « Frousse » rentre dans les 5 F : Fatigue, Froid, Faim, Soif Foif et donc Frousse.  Les 5F sont selon la sagesse maritime les éléments à éliminer pour écarter le mal de mer. C’est là où je me rend compte que je n’avais pas tout les atouts en main pour passer un voyage serain. Au moment où j’ai commencé à me sentir mal, j’avais une nuit quasi blanche et une autre bien raccourci dans les pattes. Alors même si je ne le ressentais pas forcement je devais être Fatiguée. Ce voyage, c’était sortir de ma zone de confort (partir en solo, en mer sans savoir si j’allais être malade – maintenant je sais), donc, toujours sans en avoir vraiment conscience, je pense que Frousse me concernait aussi. De manière générale voyager me coupe l’appétit, et ma bouteille d’eau embarquée de Toulouse 36h plutôt n’était toujours pas vide quand on a levé l’ancre. Donc Faim et Foif devaient également être de la partie. Et pour couronner le tout, si à quai il faisait très bon (Espagne en juillet), au large ça s’est très vite rafraîchit et étant très frileuse, j’ai eu frais Froid assez vite. Avec du recul, je m’aperçois que j’avais réuni un combo gagnant. Et puis, c’est pas dans leur liste, mais l’état de la mer joue aussi puisque tant qu’on était à quai, j’étais en pleine forme. Je n’ai commencé à me sentir mal que lorsque le bateau s’est mis à danser.

Bref, j’allais mieux bien. A peine le temps d’avaler un morceau qu’il fallait monter sur le pont pour l’opération quotidienne de nettoyage. Je me suis empressée d’attraper un balai pour le nettoyage du pont. Je n’étais pas sûre que mon estomac soit encore suffisamment amariné pour attaquer la propreté des sanitaires…

Une fois Belem (on dit « Belem » et pas « le Belem » question de tradition et de respect pour le navire) tout propre, on a mis envoyez les voiles. Et là, c’est magique : le bateau s’arrête de rouler (c’est à dire de faire le pendule de gauche à droite). Même si je n’étais plus malade, gagner en stabilité fait toujours du bien. Et oui, Belem est un voilier, c’est donc logique qu’il soit plus confortable quand il est tout voile dehors.IMG_0046

Vient l’heure du speech du commandant. Nous sommes tous réuni dans le grand roof. Il nous explique les manœuvres faites la veille et celles prévues du jour. En tout honnêteté, je ne capte rien. Je pense que d’avoir rater les explications de la veille doit jouer car les autres ont l’air de suivre. Et puis je re-commence à me sentir mal, alors je vais me placer prêt de la porte, juste au cas où… En fait c’est Faim qui doit se faire sentir. On passe à table peut de temps après et je vais vite mieux. Et comme avoir dormi quasiment 18h sur les 24 précédentes ne semble pas m’avoir suffit je file faire une sieste digestive.

A mon réveil, je me dis qu’il serait temps de prendre une douche. Et là, pour une fois, j’apprécie d’être une femme. Nous ne sommes que trois stagiairEs à bord et nous avons à notre dispositions 4 vasques, 2 WC et 2 douches. Le luxe ! Autant dire que je n’ai jamais eu à attendre mon tour pour y avoir accès. Les douches ne sont pas bien grandes et c’est tant mieux, car garder son équilibre dans des moments pareils n’est pas chose aisée (et pourtant la mer est plutôt calme).

De nouveau fraîche et opérationnelle, je remonte sur le pont et y découvre un atelier de matelotage. C’est à dire un atelier sur les nœuds marin. Sans vouloir faire de jeux de mots, je pense que notre instructeurs nous trouve un peu neuneus (il n’a peut-être pas tout à fait tord).

Le vent est calme, la mer aussi. Les conditions sont idéales pour jouer les gabiers (un matelot qui travaille dans le gréement (ensembles des voiles, mâts, vergues etc)). Nous voilà donc à faire la queue pour enfiler l’un des harnais disponibles avant de pouvoir grimper (par brochette de 4) sur la vergue de la grand voile. En grands courageux Par galanterie, ces messieurs mes co-stagiares m’ont fait l’honneur de passer devant. Et donc de me retrouver à l’extrémité de la vergue (là où c’est le moins stable, où le chemin est le long et où tu restes coincée tant que les autres s’installent et s’y plaisent). J’ai beau ne pas avoir le vertige, je n’étais pas fière, dans cette position ; à savoir en équilibre sur un filin de quelques millimètres qui bougent à chaque mouvement du voisin et en ayant aucune prise ergonomique pour se maintenir. Dire qu’il y a peu d’années encore, ils montaient avec un simple bout (=corde) autour de la taille… IMG_0062

La fin de journée est arrivée et avec mon service. Enfin le service de mon remplaçant qui avait assurer la veille à ma place. Rien de compliqué, juste un peu sportif. Genre parcours d’obstacle (escaliers, couloirs, surbaux) avec relais (cuistots-stagiaires de service-stagiaires servis) et colis précieux (les bons petits plats qui récompensent notre dur labeur) à livrer à destination. Par chance la mer est calme et nous n’avions qu’un seul service (avantage encore une fois de n’être que 25 stagiaires au lieu des 48 possibles).

Avant de nous affaler pour la nuit nous avons dû carguer les voiles. C’est à dire les replier. Et oui, si nous les avions déployées en journée, c’était juste pour faire mu-muse le plaisir, car nous aurons tout le temps du stage un vent contraire qui ne nous permettra pas de faire beaucoup de « voile utile ». Une fois les voiles hissées, le moteur à pris le relais pour la nuit et le roulis est revenu nous bercer.

 

*Commandant/capitaine, j’ai pas tout compris cette histoire là non plus. Apparemment, dans la marine marchande (dont fait partie le Belem) on appelle « commandant », le capitaine et « capitaine » le second capitaine. Sauf que notre capitaine serait vraiment commandant. Et le second capitaine on peut aussi l’appeler juste « Second ». Vous avez suivi ? Non ? Normal, moi non plus…

 

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5 réflexions sur “La vie en mer

  1. Le journal de bord du navire n’aurait pas fait mieux…
    Merci de ce compte-rendu detaille et precis, qui n’est sans me rappeler mes propres (bons) souvenirs… Si ce n’est que tu sembles etre alle plus loin dans l’experience du mal de mer : je ne t’envie pas plus que ca !!

    J'aime

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