Quand j’étais petite, quand je serais grande et maintenant que je suis grande

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Il parait qu’a la question « Que voudrais-tu être quand tu seras grand ? » John Lennon aurait répondu : heureux. Effectivement, c’est un beau programme. Personnellement, mes réponses étaient bien moins philosophiques.

Quand j’étais petite j’ai voulu être :

-Medecin. L’idée de soigner les gens, de les soulager, de faire du bien me plaisait beaucoup. Peut être parce que j’ai eu une enfance très medicalisée. Mais ayant justement une santé un peu fragile, mon coté hypocondriaque a estimé cette option trop dangereuse. Si je choppais ne serait-ce qu’un dixième des maladies de mes patients je serais trop malade pour exercer. J’avoue d’ailleurs avoir une grande admiration pour les médecins qui enchaînent des semaines de grippes-gastros-rhinos et qui n’en sont pas affectés.

-Dentiste. Parce que c’est un peu médecin mais qu’il n’y pas de risques de contagion. Mais (oui, il va y avoir beaucoup de « mais » dans cet article), je suis très sensible aux odeurs et j’ai eu peur d’être confrontée à de mauvaises haleines. Après avoir bosser cinq étés dans une usine de poissons panés et donc dans une forte ambiance olfactive mélangeant poisson et friture, je me dis que j’aurais finalement supporté sans problèmes une ou deux haleines un peu chargées.

-Maitresse. (Enfin un qui rentre dans les stéréotypes de petites filles.) Parce que je suis curieuse du monde et que j’aime transmettre mon savoir mes découvertes. Et en plus je suis plutôt bonne pédagogue (dixit ceux qui ont subi mon soutien scolaire). Mais surtout parce qu’il y a plein de vacances ! Mais… J’aime pas trop les enfants (pour ce qui n’ont pas suivi). Même quand j’en étais une moi-même, je préférais déjà les adultes.

-Politicien. Dans l’idée de rendre le monde meilleur. Puis je me suis aperçu que, plus que la force des idées et de la volonté, il fallait surtout être hyper social, avoir une bonne dose d’hypocrisie et de démagogie et oublier la notion d’intégrité. Bref, ce n’était pas pour moi.

-Avocat. Toujours dans l’idée de rendre le monde meilleur et de défendre les opprimés. Mais apparemment, il fallait aussi accepter de défendre les coupables…

-Juge. Bah oui, la je pouvais vraiment acter pour la justice. La fac de droit était donc sur la liste de mes souhaits post-bac. Vu ce que je pense de notre justice aujourd’hui, je crois que j’ai bien fais de ne pas choisir cette voie.

-Photographe. Très tôt la photographie m’a fait de l’œil. Après avoir fait un stage (non obligatoire et non rémunéré) de plusieurs semaines en fin de seconde, je me suis vu proposé par la société qui m’avait accueillie, une place d’apprentie pour la rentrée suivante. J’étais super contente mais mes parents m’ont dit : Passes ton bac d’abord. Et un bac S stp, car c’est celui qui ouvre toutes les portes. J’ai donc passé mon bac, S. Ce fut laborieux, peu joyeux et la porte qui m’attirait tant s’est refermée… C’est aujourd’hui mon plus fort doute : Et si c’est cette voie que j’aurais du suivre ?

-Architecte. C’est le métier gagnant. Enfin officiellement. J’ai bien fais mes six ans d’études pour obtenir le diplôme d’ADEHMONP. (A mes souhaits, avez-vous envie de me dire. Je vous la fait donc dans sa version complète : Architecte Diplômée d’État Habilitée a la Maîtrise d’Oeuvre en Nom Propre.) Tout ça pour pas grand chose me direz car, n’étant pas inscrite à l’ordre (pour des raisons simplement financières), je ne peux porter le titre (sous peine de poursuite civiles et pénales ! On rigole pas à l’ordre…). Je suis donc simplement « titulaire du diplôme d’architecte ». Mais un architecte d’intérieur sans diplôme reconnu ou certains informaticien se font appeler, eux, « architectes » sans culpabilité aucune.

Après avoir galéré sur ces longues études avec pour motivation l’espoir de faire le métier que je pensais fait pour moi, j’ai eu la chance d’exercer en agence. En tant que paillasson, sous-fiffre, dessinatrice. La dernière qui m’a vue passé m’a confiée de grosses belles responsabilités. Ayant à cœur de bien faire, j’ai donner de ma personne pour les projets que je gérais. Je ne comptais pas mes heures (mon boss n’ont plus) et ne m’attardais pas sur ma feuille de salaire évoquant les 50 à 70h 39h officielles et le salaire ridicule un peu en dessous de mes espérances. Ma santé, physique et morale, en a pris un sérieux coup mais je ne voulais pas décevoir (mon patron, les clients, moi-même) donc j’ai tenu. Comme j’ai pu.

Et puis la crise est venue. (Enfin elle est là depuis le début mais là on s’est pris une petite rafale). J’avais le choix entre accepter une rupture conventionnée ou attendre que mon chef me pousse à bout, que je pète un câble déjà bien tendu et que je claque la porte sur une démission. Parce que le licenciement économique n’était pas une option ; c’est pas bon pour l’image de la boite, tu comprends ?. Non j’avais pas envie de comprendre mais comme je n’avais pas envie non plus de me retrouver à sec du jour au lendemain, j’ai préféré assurer la case chômage et accepter la rupture conventionnelle. J’ai bien pensé aux prud’hommes mais c’était se griller dans tout le milieu de la région.

J’ai donc quitté ce job. Avec un sentiment inattendu de soulagement. J’ai soldé la fin de mon contrat en épuisant mes congés. Presque 3 mois quand même (comprendre 2 ans sans vacances). Et j’ai fait entrer mon ami Pôle Emploi dans ma vie. J’étais incapable psychologiquement de retourner bosser dans les conditions que je venais de quitter et qui malheureusement son monnaie courante dans ce secteur. J’ai donc suivi la « prestation cap projet » du PE qui était sensé m’aider à trouver ma nouvelle voie professionnelle.

Et maintenant que je suis grande, je vais faire quoi ?

Après un temps infini quelques mois, il en est ressorti que j’avais le profil pour faire pilote d’avion ou pilote d’hélicoptère. Je ne vois que d’un œil mais la question ne pouvant être abordée dans les questionnaires divers et variés que j’ai du remplir, c’est que ça ne doit pas être important… (Si peut-être un peu en fait donc Pôle Emploi m’a confiée à son ami Cap Emploi qui gère les moutons à un oeil à cinq pattes) J’ai également tirer au sort le profil pour être biologiste médical. Apparemment fallait reprendre 8 ans d’études mais cela ne semblait être qu’un détail. Sinon il restait paysagiste ou architecte. Bah oui « architecte », tiens, j’y avais pas pensé ! Si ces résultats ont bien fait rire les autres candidats de mon groupe « changement de vie », j’en suis ressortie déçue, en colère, frustrée puis déprimée. J’y avais mis beaucoup trop d’espoir, la chute n’en a été que plus dure.

Inconsciemment j’ai pris la fuite.

J’ai me suis faite opérer (pour quelque chose de non-urgent mais que j’aurai pu faire aussi plus tôt si j’avais pris le temps). Je me suis consacrée à la préparation de mon mariage puis du voyage de noces. C’est ainsi que j’ai laissé couler une année… et mon moral.

Je suis passée du burn-out à la dépression.

Je ne conçois pas ma vie sans travailler, je n’ai aucune prédilection pour être femme au foyer. J’ai besoin de me sentir utile et de savoir pourquoi je me lève le matin. Pourtant je suis incapable de reprendre un boulot similaire à celui d’avant. Mais je n’ai aucune idée de quoi faire. Aucune idée réaliste et motivante. J’ai répondu à certaines offres hors archi mais j’ai eu des retours (quand j’en ai eu) comme quoi, j’étais sur-qualifiée !!! C’est le comble, j’ai suivi doctement les conseils de mes parents en faisant de belles longues études pour avoir accès à tout ce qui me plairait et là on me balance que justement, j’en ai fait trop d’études, que je m’ennuierais, que le salaire ne me conviendra pas. S’il savait, si je pouvais leur dire, que le salaire qu’ils me proposent est supérieur à ce que je n’ai jamais eu (ah… les idées préconçues et le mythe de l’architecte…) et que j’apprécierais un job où parfois on s’ennuie, où on sait à quelle heure on va rentrer chez soi, où les responsabilités existes mais ne sont pas écrasantes.

L’architecture me plait. Ce n’est pas ça le problème. J’aime concevoir des espaces, des lieux, dans lesquelles les gens se sentiront bien. Des lieux adaptés à leurs besoins-envies-budgets, des lieux adaptés au site, à l’environnement existant, au contexte général. Le problème c’est les conditions d’exercice. Je ne veux plus me faire écrasée par la charge de travail, ni par l’ego du patron.

J’ai bien pensé à me mettre à mon compte. Les responsabilités et la charge de travail sont gérables quand on a du positif pour les compenser. Mais l’engagement financier me fait peur. La prise de risque m’effraient. Je pensais avoir trouvé un compromis. J’ai rejoint une CAE (coopérative d’activité et d’emploi) spécifique au bâtiment. Structure incompatible avec l’ordre des architectes, j’exerce donc en tant que maître d’oeuvre (-> poubelle le diplôme…). Malheureusement si je me débrouille plutôt bien sur les aspects créatifs et techniques, je n’ai aucune fibre commerciale, mon activité reste au plancher… et je perds espoir.

Je ne sais pas quoi faire. Me poser des questions ne fait pas avancer les choses. J’ai beau être accompagnée par Cap Emploi et un psy, je ne vois pas le bout du tunnel.

J’aimerais avoir de nouveau 10 ans et la liberté de rêver et d’espérer sur ce que je ferai « plus tard » « quand je serai grande ». Je suis grande et je ne sais plus quoi faire. Mes rêves sont brisés, ma liberté mangée par la responsabilité de payer ses factures.

Finalement comme John Lennon, je ne souhaite qu’être « heureuse », mais je ne me trouve pas douée pour cela. Alors je cherche la clé. La clé du bonheur. Ma clé du bonheur.

Que vais-je faire maintenant que je suis grande ? Je crois que c’est la plus grande des questions de ma petite vie. J’aimerai être heureuse c’est sûr. Il me faut juste trouver le moyen. Je cherche. Et j’espère bien trouver. Vite de préférence…

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3 réflexions sur “Quand j’étais petite, quand je serais grande et maintenant que je suis grande

  1. La joie de ce metier… Beau et passionnant… Trop peut-etre, ce pourquoi on a parfois besoin de prendre la fuite ?!
    Interessant article introspectif soit dit en passant… Et tres bien ecrit !

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  2. J’ai eu la chance de ne jamais connaitre ça. En CP quand on me demandait ce que je voulais faire je répondais : Polytechnique pour devenir Ingénieur en informatique. Bon polytechnique au final j’ai renoncé (de toutes façon quand j’ai lu trek en forêt de 3h avec un sac de 20 kilos sur le dos j’étais bien contente de ne pas pouvoir. Mais j’ai quand même visé la lune pour atteindre les étoiles environ).
    Et aujourd’hui… et bien j’ai bien atteins mon objectif. Je suis bien ingénieur en informatique. Mais alors qu’est ce que je me fais ch**r… J’ai du mal à me dire que je vais faire ça 45 ans et plus. Je m’ennuie vite. Au bout de 6 mois j’avais fait le tour de mon poste (que j’étais censé apprivoiser en 2 ans d’après mes supérieurs…). A 8 mois j’expliquais clairement que je ne trouvais pas ce que je faisais épanouissant et que je tournais en rond. Mais alors quoi faire… Et bien du coup je change (enfin j’essaie). Avec une nouvelle technologie a apprivoiser, un nouveau produit a connaitre je réussirai à m’épanouir pendant 6 mois au moins (je l’espère). Et puis on verra bien…

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