Visite à la maternité

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La question de la maternité m’interroge beaucoup, car si, a priori, je ne me sens pas l’envie d’avoir un enfant, mon point de vue est souvent soumis à revalidation.

Cette semaine, un couple d’amis très proches vient de mettre au monde leur deuxième enfant. Mon mari et moi nous sommes donc rendus à la maternité, pour partager avec eux leur moment de bonheur. Une rencontre amicale comme nous en avons déjà partager ensemble des centaines. A quelques détails près….

D’abord, le lieu. Je dis « maternité » mais en fait, nous nous sommes rendus à l’hôpital, service gynécologie-obstétrique plus précisément. Tout de suite, tu redescends sur terre : l’instant de bonheur qu’est sensé être la rencontre d’un nouvel être se fait dans un lieu qui gère les malheurs de la vie !!! Même si le service dans lequel tu te rend est un peu à part et se veut être une bulle de bonheur, tu croises quand même des gens qui sont loin de vivre des heures heureuses. Mon esprit joyeux me fait également remarquer que, même au sein de cette bulle de bonheur, on trouve des personnes souffrantes ; certaines de ne pouvoir avoir d’enfants tandis que d’autres sont contraintes de devoir interrompre leur grossesse…

Nous entrons donc dans ce merveilleux bâtiment en passant devant le service d’urgence. Petite remontée de souvenirs qu’on aimerait bien oublié… Passons vite. Je ferme les yeux pour effacer ces images mais mon nez se fait gentillement agresser par l’odeur typique et indescriptible des hôpitaux. L’odorat étant un sens très lié à la mémoire émotionnelle, j’ai reçu une nouvelle bouffée de souvenirs me donnant envie de faire demi-tour. Ma raison reprend vite le dessus sur les émotions et nous continuons. Quelques mètres plus loin : nouvelle attaque olfactive et nouvelle vague de souvenirs, merci à… la restauration hospitalière qui sensée requinquer les hôtes aurait plutôt tendance à les achever…

Après cette petite promenade de santé, nous arrivons à destination. C’est étrangement calme !? Les autres visites postnatales que j’ai eu l’honneur de faire, m’avaient préparée à un fort stimuli auditif. Nous frappons à la porte de la chambre mais n’entendons pas de réponse. Toujours ce silence… Partager entre le besoin de signaler notre entrée et la peur de réveiller ceux qui sont cacher derrière la porte, nous restons indécis quelques secondes, jusqu’à ce que le papa (qui attendait notre visite) viennent nous ouvrir. Et là, la question du silence trouve réponse : les chambres sont dotées de sas qui filtrent efficacement les bruits. Je félicite l’hôpital d’avoir sacrifié de précieux et couteux mètres carrés pour le confort des patients. En fait, il n’est absolument pas question de générosité humaine dans ce dispositif, c’est juste que la maternité a été installée dans l’ancienne aile psychiatrique. Une petite voix intérieure me souffle alors que les pleurs et cris des nouveaux-nés sont source de folie et qu’après avoir accueilli les victimes, ces chambres reçoivent les coupables…

Après avoir échangé quelques banalités de circonstances dans le sas et claqué la bise au papa, nous entrons pour saluer la jeune maman et la nouvelle petite chose rose. Dans toutes sa spontanéité mon mari, qui était passé devant, s’approche et se penche vers la maman pour les bises de salutations et félicitations traditionnelles, lorsque soudain, il se stoppe dans son élan. Et, oui, il vient de réaliser que la maman est non seulement alitée avec un bébé dans les bras mais qu’elle est en pleine session d’allaitement et que donc son regard vient de rencontrer de très près sa poitrine dévêtue… Instinctivement, il se redresse, un peu gêné, pour lui et pour elle. Puis il se rend compte, qu’il ne lui a toujours pas dit bonjour, et donc, il se repenche,  et se retrouve évidement dans la même situation… Monsieur est un peu perdu tandis que la jeune maman et moi sommes bien amusée 😉 Quand tes amis ont des enfants, tu te dis que ça va pas changer grand chose et pourtant… tu te retrouves à ne même plus savoir comment leur dire bonjour !

Passer cet instant cafouilleux , nous retrouvons notre aisance habituelle avec eux. On parle de tout et de rien. On en oublie même le bébé qui une fois rassasié, s’est sagement endormi. Puis, viennent évidement, les sujets d’actualité, à savoir, la naissance. Une naissance, ça fait tout joli, tout beau. Mais c’est le bébé qui nait. La maman, elle, elle accouche et là on est plus dans le rose mais le rouge, voire le noir…

Contrairement à leur première fois, les nouveaux parents nous disent que ça s’est passé très vite. Naïf que nous sommes, on a pris ça pour une bonne nouvelle. Alors peut-être pour le papa oui mais pas pour la maman pas vraiment, car la péridurale, il a fallu faire sans : pas le temps. Se fut donc court mais intense. Très intense. Le papa nous précise qu’il n’avait jamais entendu sa femme crier comme ça, ni personne d’autre d’ailleurs… Quand on sait que notre amie est d’un naturel contenu et pas forcément douillet, je ne préfère pas imaginer. Bon, j’imagine quand même. Et ça me plait pas. Mais alors pas du tout. Non, non, non ! Alors le vivre ? Non, non, NON !!! Il est beau leur bébé (et je le pense, car oui, certains bébés sont moches, je suis réaliste avant tout), mais faut pas pousser non plus. Je ne pense pas être prête en ch..r autant pour une petite chose qui va chambouler tout ma vie.

En me lisant, je réalise mes mauvais jeux de mots, ou les lapsus de ma petite voix intérieure. Car pour le coup, il a fallu pousser plus que jamais, quitte à en ch..r dans le sens premier du terme. Je suis désolée pour les âmes sensibles mais la nature n’est pas faite que de petites fleurs.

Revenons à notre maman du moment. Dans sa déception son malheur, elle s’est dis, qu’au moins, elle vivrais ça au naturel et qu’elle éviterait à son corps de subir l’injection de produits anesthésiants. Bah, en fait non. Raté pour ça aussi. Car une fois le bébé sorti, la maman n’est toujours pas « délivrée ». Il reste encore le placenta à évacuer et d’autres petites choses devenues inutiles maintenant que bébé n’est plus là. Et, Ô joie, cette délivrance ne va pas sans une hémorragie ! Qui peut être minime, le plus souvent heureusement, ou mortelle dans de rares cas, heureusement aussi. Malheureusement, notre amie n’a pas eu la chance de faire classique. Résultat, elle a quand même eu le droit à une anesthésie, histoire de ne pas mourir de douleur pendant que l’équipe médicale l’empêchait de mourir en se vidant de son sang. Et oui, la maternité au sein d’un hôpital est tout à fait logique, car si on y côtoie la vie, la mort reste dans les parages.

On parle souvent du tabou de l’accouchement, de l’inconnu, du mystère qui l’entoure. Honnêtement, je comprends qu’on entretienne le mythe car sinon, l’espèce humaine prendrait un sérieux risque pour sa survie, surtout depuis la mise au point de contraceptifs efficaces. Certaines études affirment que les femmes plus intelligentes font moins d’enfants. Je ne pense pas que le terme « intelligentes » soit juste. Je dirais plutôt les femmes « les mieux informées et les plus rationnelles ». Lorsqu’on a pas conscience du risque pris, on le prend plus facilement. Par « risque », j’entends l’accouchement mais aussi la responsabilité d’assumer et élever correctement un enfant jusqu’à le rendre autonome et responsable. Et quand on choisi de prendre un risque volontairement, c’est que les émotions qu’il engendre ou qu’on suppose qu’il va engendrer prennent le dessus par rapport à la raison. Seule, une forte domination de notre raison peut nous conduire à ce sacrifice. Les responsables : les émotions et notre instinct animal ? Ceci est un point de vue personnel, venant en élément de réponse à mon questionnement récurrent sur la maternité et sur mon ressenti à ce sujet. Je précise aussi, car cela me semble important, que la maman de cet article est titulaire d’un doctorat du milieu médicale. L’intelligence et la maternité me semble donc tout à fait compatible.

Je crois que je m’acharne à comprendre, quelque chose d’incompréhensible. Je cherche une raison à un évènement émotionnel. En toute logique, il n’y en a donc pas.

Notre maman du jour est quelqu’un que je considère comme intelligente, raisonnée, instruite et d’autant mieux informée qu’elle à déjà vécu tout ça il y a un peu plus de deux ans (avec  un accouchement, dans un autre genre, encore plus épique !). Depuis elle enchaine les nuits hachées, les couches pleines, les oreilles plus que sollicitées. Néanmoins, elle a replongée ! Je ne comprends pas, vraiment pas. Pourtant j’essaie. En ce jour de visite, soit J+4, elle est toujours fortement anémiée, toute palote avec une tension ridiculement basse et contre tout attente (car contre toute logique), elle irradie de bonheur et de sérénité ! Je comprends encore moins…

J’ai été impressionnée, je le suis encore. Pas par le bébé mais par cette émotion qu’elle diffusait. Cela me semble si paradoxal avec les faits. Alors, j’avoue, je l’ai enviée… J’ai envié le nuage de bonheur sur lequel elle avait l’air de planer. Un instant, je me suis imaginée moi aussi avec un bébé. Mais bizarrement (ou pas), je n’ai eu aucun signe de cette légèreté.

Bref, j’ai été à la maternité. J’ai été un peu secouée. Plus que je l’imaginais. Mais, j’ai été heureuse. Heureuse de les voir heureux. Mais heureuse aussi de ne pas avoir à vivre ce qu’elle venait de traverser, ni de ce qui les attendait.

Décidément, mon instinct maternel est encore loin de se réveiller.

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10 réflexions sur “Visite à la maternité

  1. J’aime beaucoup ton article, très sincère sur ce que tu ressens face à ça. Bravo, peu de personnes osent dire ce genre de choses, et j’ai trouvé tout cela très juste (une maternité dans une ancienne aile psychiatrique… quelle horreur !!) !

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  2. Je te suivais a fond jusqu’au passage sur les femmes intelligentes…j’ai 5 enfants. Mais je ne me vexe pas facilement 🙂 Serieusement, un accouchement, c’est tres gore, et ça fait mal. J’ai toujours du mal avec celles qui prétendent que c’est l’extase. Non. C’est plus proche de la boucherie. Mais ça n’empêche pas de continuer à faire des enfants.

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    1. 😉 Comme je le dis, je suis pas vraiment d’accord non plus avec ce rapprochement intelligence/nb d’enfants. Par contre je pense qu’effectivement si tu intellectualises le fait d’en avoir au lieu de le ressentir, il y a tout de suite moins de volontaire. Pour te lire régulièrement, je pense que tu fais partie (tout comme mon amie de l’article) des femmes qui prouvent que la théorie de cette étude a quelque chose de bancale. Et vous n’êtes pas les seules heureusement !

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      1. Merci! Et je plaisantais, je ne suis pas du tout vexée! Il y a eu un mini scandale à la BBC quand une présentatrice docteur en histoire a expliqué qu’elle préférait avoir un cerveau que des enfants…peut être, mais elle n’a pas été assez intelligente pour comprendre qu’elle risquait de faire beaucoup moins d’audience et donc de perdre son boulot en insultant une partie des téléspectateurs! Mais tu as entièrement raison sur l’espèce de conspiration gnan gnan qui entoure les accouchements, ça fait mal et ce n’est pas beau à voir!

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  3. Un article très intéressant et bien écrit – comme les autres. Je n’ai pas d’enfant non plus et je n’y tiens pas. Par contre, j’ai une filleule et s’est sympa – tu peux toujours la retourner à l’expéditeur quand tu en as marre 😉 Je me souviens avoir entendu un reportage à la radio sur les femmes qui choisissent d’accoucher dans une maison de naissance. Ce qui signifie sans péridurale ni rien. Le reportage suivait une naissance et je n’ai jamais entendu quelqu’un hurler pareillement de douleur; c’était encore presque pire de n’avoir que le son et pas l’image. On tout cas, cela m’avait fortement marqué – d’ailleurs, je m’en souviens encore alors que j’ai entendu ce reportage en 2005.

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    1. Merci ! Accoucher sans péridurale est un choix que je comprends encore moins. Si c’est parce qu’elles ont peur des piqures, elle risquent une belle surprise avec ce qui va venir. Si c’est juste un choix philosophique, j’ai envie de dire « chacun fait ce qu’il veut » mais faut assumer derrière !

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  4. Je ne t’ai jamais dit que je voulais tenter sans péridurale lol? Ma raison : ma mère y est arrivé deux fois alors pourquoi moi je ne pourrais pas?
    Je ne suis pas chochotte. J’ai fais une hémorragie interne ou je rigolais avec le personnel médical avant d’aller au bloc alors pourquoi ne pas tenter?
    Mais attention JAMAIS je ne serais allé accoucher dans une maison de naissance. Parce que je sais qu’un accouchement ça peut mal se passer et j’ai envie qu’on puisse me sauver la vie au cas ou. Je ne fais pas un enfant pour mourir en le mettant au monde parce que j’ai voulu ça de façon naturel…
    Tout comme je n’ai pas fermé la porte à la péridurale et j’ai fait tout le rendez-vous pour pouvoir l’avoir si j’en ressens l’envie sur le moment :-p

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