Histoire sans nom, euh… sans fin

photo

A quel nom ?

Ce n’est pas de la mauvaise volonté mais cette question, pourtant banale, sème le trouble dans mes pensées à chaque fois qu’on me la pose.

Petite, c’était simple, je n’avais qu’un nom : mon prénom.
Assez vite, j’ai aussi intégré que j’avais un nom de famille. Le même que mon père et ma mère, que les parents de mon père mais que ceux de ma mère… Pourtant c’est la famille aussi nom non ?

Comme tout le monde, j’ai grandi avec un nom, un prénom… et également un deuxième prénom. Celui là, c’est le joker, au cas où le premier ne m’aurait pas plus. Ce qui, pour la petite histoire, est le cas de ma grand-mère dont je n’ai découvert le premier prénom qu’adolescente en initiant mon arbre généalogique. C’était aussi pour mes parents un moyen de souligner mon identité bretonne sans me coller une étiquette sur le front.

Par la suite les accidents de la vie ont fait que mes parents ont divorcés et que ma mère a repris son nom de « jeune fille ». Nous n’avions plus le même nom de famille alors que, dans les faits, ma famille, c’était ma mère bien plus que mon père.

Jeune adulte, je suis partie vivre et étudier en Espagne. Là-bas, « nombre » désigne ton prénom et « apellidos » non pas ton nom de famille, mais tes noms, el primer y el segundo. Celui de ton père et celui de ta mère. Enfin celui qu’ils ont chacun choisi de te transmettre car eux-mêmes ont deux noms de famille (et si on écrème pas d’une génération à l’autre, ça va pas tenir longtemps dans les cases des formulaires administratifs). Certains français de mon entourage ont pratiqué la politique de la case vide après segundo apellido. Personnellement, j’ai pris le pli des coutumes locales. J’avais donc mon prénom + mon deuxième prénom + le nom de famille de mon père + le nom de famille de ma mère. Ayant, une fibre féministe, j’ai trouvé cette façon de faire plus juste qu’en France et je l’ai donc adoptée avec plaisir.

De retour dans notre cher pays, j’ai repris la version courte, officielle et paternaliste. J’ai fini mes études et obtenu mon diplôme d’État avec ce nom, mon nom, celui de mon père, et du sien. Et donc celui avec lequel je devrais exercer, car c’est celui qui est inscrit sur le parchemin.

La vie suivant son cours, j’ai rencontré mon futur mari avec qui j’ai emménagé. Pour faire simple mon nom est aussi un prénom et celui de mon mari également. Nous avons donc apposé quatre prénoms sur notre boîte aux lettres. Résultat, beaucoup s’y perdent. Nous avons eu le droit à toutes les combinaisons possibles lorsqu’on se présente en déclinant nos deux identités. Même celles qu’on avaient pas imaginées ! Certains ont réussi à masculiniser mon prénom pour le donner à mon mari, tandis que d’autres s’adressent à moi en me donnant du « monsieur » car ils ont confondu mon nom et mon prénom.

L’année dernière nous nous sommes mariés. Les conventions la tradition aurait voulu que je prenne son nom, enfin que j’en fasse usage (car ce ne sera jamais légalement le mien). Cela aurait pu simplifier les choses, mais on ne doit pas aimer les choses simples apparemment…

Professionnellement la question a été vite réglée, je ne peux exercer qu’en nom propre, c’est-à-dire uniquement avec le mien, celui mentionné sur le diplôme. De tout façon je n’aurais pas vraiment eu envie de faire différemment. Je tiens à la séparation entre vie pro et vie privée. Je n’ai ainsi aucune envie de faire une annonce générale de mon mariage à toutes mes relations professionnelles. Et puis, bonjour la confusion qui s’ensuit, entre les changements de mail, tes contacts qui ne font pas le rapprochement entre le nouveau toi et l’ancien toi (qui au final reste toujours le même, on est d’accord ?) ou ceux qui n’enregistrent pas le changement et qui parlent de toi avec ton ancien nom à ceux qui ne te connaissent qu’avec le nouveau, ça te pourri bien un réseau. Et t’imagine si je divorce ? Que je me remarie ? Bon, ok, c’est pas ce qui est prévu, je caricature et dramatise, mais on est jamais à l’abri du pire.

Et côté privé alors ? Bah, c’est assez brumeux ; je navigue entre mon nom uniquement, pour mes rendez-vous médicaux ou mes cartes de fidélités et mon nom + le sien, que je donne à notre banquier ou notre assureur (pour qu’il sache que ça me concerne moi mais qu’il y a un lien avec monsieur). Mais sur notre facture d’électricité, je tiens à ce qu’on apparaisse chacun sous notre identité propre car c’est le document de base lorsqu’on me demande un justificatif de domicile. Exceptionnellement, je ne donne que son nom à lui, comme pour une réservation au resto, où je n’ai pas envie d’étaler ma vie mais juste d’avoir une table. C’est un moment qui se veut romantique alors je me plis aux traditions.

Du coup, coté paperasse, je me balade toujours avec une copie de mon acte de mariage dans mon porte-feuille en attendant de refaire mes papiers d’identité. Monsieur a été plus réactif sur ce coup-là et a déjà refait son passeport en faisant inscrire dessus son nom, suivi du mien, avec la mention époux entre les deux. Ça a bien surpris les employés de marie. Il a même dû expliquer son boulot la chose à un des officier de l’état civil (plus atteint par les stéréotypes que la mise à jour de la législation). Et oui, on est un couple « moderne » avec une égalité homme-femme assez avancée mais c’est surtout aussi pour une raison pratique que monsieur à fait la démarche, car n’utilisant pas forcément son nom, il doit parfois justifié qu’il est mon mari (à la poste par exemple, s’il me récupère un recommandé à mon nom).

Ça peux vous sembler bien tordu pour pas grand chose tout ça, mais légalement c’est juste, professionnellement c’est obligatoire et symboliquement je me sens à égalité dans mon couple. Je n’ai pas l’impression de m’être reniée pour devenir une possession de mon mari. Quand aux enfants, s’il en question un jour, il y a de fortes chances qu’ils aient le nom de papa et de maman, comme en Espagne ! Après tout, c’est nous qui faisons le gros du boulot, on a bien le droit à un peu de reconnaissance.

Alors quand on me demande en toute simplicité : « A quel nom ? », pour moi c’est un peu compliqué réfléchi. J’ai bien peur que la schizophrénie me guette.

Bref, vous ne savez toujours pas comment je m’appelle. C’est normal, je ne sais plus !

Suivez-moi sur Hellocoton

Rendez-vous sur Hellocoton !

Publicités

Une réflexion sur “Histoire sans nom, euh… sans fin

  1. Tu sais que je ne me sens pas l’objet de monsieur même si j’ai choisi son nom. On en a déjà parlé toutes les deux. Mais je peux comprendre ton raisonnement. Tout simplement parce que j’ai entendu la déception dans la voix de mon père et que j’ai vue ses yeux quand je lui ai annoncé que j’allais utiliser le nom de mon mari.
    Quoi?? Moi?? la « féministe » de la famille?? Sa petite fille beaucoup plus proche de lui que sa fille aînée! J’abandonnais mon nom pour m’effacer face à mon mari.

    Mais nous on ne l’a pas vue comme ça. Avec mon mari on a eu envie de construire notre famille sous un seul nom. Pourquoi? Pfff bonne question. Mais on a envie d’être la famille XXX et non Papa XXX, Maman YYY et les enfants XXX-YYY. Peut être par convention, parce qu’on ne connait rien d’autre et qu’on vient tous les deux d’une Famille XXX…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s