J50 – Bilan

Précédemment, je vous annonçais démarrer le défi des 100 jours de Lilou Macé « pour trouver sa mission de vie et se réaliser pleinement ». Aujourd’hui, j’en suis au cinquantième, et donc à la moitié du chemin. Et à mi-chemin entre départ et arrivée, il est souvent intéressant de faire le point. C’est d’ailleurs l’exercice du jour de ce challenge qui propose 10 questions pour balayer ces sept premières semaines de défi. Répondre à ces 10 questions aurait été un fil conducteur parfait pour suivre gentiment la ligne éditoriale que laisse entendre le nom de ce blog. Sauf que les cases ne sont pas pour moi. Même quand c’est moi qui me les dessine ! Il est fort possible que ce billet n’ai ni queue, ni tête puisque finalement, il ne suivra que le fil de mais idées plutôt emmêlées.

Le cœur de ce défi est de trouver sa voie. Alors, comme à mon habitude, quand je manque de mots, je me retrouve à devoir gérer des maux. En toute logique, j’ai donc perdu ma voix. Un classique quand on a des choses qui nous restent en travers de la gorge, qu’on arrive pas à les sortir ou à les avaler. Sachant pertinemment que j’accumulais toute ces jolies métaphores, je n’ai pas été vraiment surprise de me retrouver aphone. A dire vrai (expression mal adaptée, je vous l’accorde), cela m’a plutôt amusée (chercher sa voie -> perde sa voix). Pire, j’ai reçu cela comme un cadeau ! Une bonne excuse pour avoir la paix…

L’asociale qui est en moi avait dû faire un peu trop de sacrifice depuis le retour des vacances estivales. Trop de monde, trop d’engagements (au point me prendre les pieds dans des doublons de planning). Après trois semaines de trip en solitaire (ou presque), le retour à la sociabilisation a apparemment été un peu trop violent. Sans voix, plus d’interaction possible et donc pause forcée avec bonne excuse pour ne pas blesser les susceptibilités des personnes tenues à l’écart. Beaucoup plus diplomate qu’un « je vous emmerde tous, foutez-moi la paix » qui, me connaissant, aurait fini pas sortir tôt ou tard.

L’activation de ce mode silence n’étant pas temporisé, ce fut aussi silence radio au boulot. Et, là aussi, j’ai pris ça comme un cadeau :gros filtre à emmerdeurs et emmerdeuses. Etant, la très grande majorité de mon temps, sur chantier, ma consultation mail est épisodique et donc pas le moyen le plus efficace pour me joindre. Ma voix devenue inaudible au téléphone, l’appareil s’est vu restreint aux textos. Injoignable, ou presque. Bonheur. Une coupure de téléphone a pour effet de réduire fortement le déversement d’ondes négatives et de m’éviter d’en émettre. Une partie de mon boulot, celle qui me coûte le plus, consistant à faire chier  motiver les autres, j’ai bien conscient de ne pas toujours être une source de plaisir pour mes interlocuteurs. Il me restait tout de même la communication directe. Enfin quand je dis directe, c’est vraiment du one-to-one puisque seul le chuchotement au creux de l’oreille m’était possible. Exit les ordres consignes distribuées à la ronde en réunion ou par-dessus les bruits de perceuses, marteaux-piqueurs, bulldozers et autres chants du bâtiment. J’avais gagné l’occasion de me taire et ce n’était pas pour me déplaire. Après, en cas de force majeure, à défaut de pouvoir leur casser les oreilles, il me restait la possibilité de leur casser les pieds. Non la violence, n’est pas une solution mais quand les cordes vocales font grève le reste du corps se trouve obligé d’assurer le service minimum. Et, à ceux qui ont l’esprit mal placé, malgré la hauteur du vocabulaire chantier je n’ai pas eu à entendre que j’étais casse-couilles. Peut-être par peur que je leur donne littéralement raison.

Vous me direz surement que vous êtes tous passés par là et que cela n’a rien d’exceptionnel. Effectivement être aphone trois-quatre jours n’a rien d’extraordinaire. Mais au bout d’une semaine j’ai quand même ressenti un peu de lassitude. Ce qui m’a conduit à consulter. Médoc en poche, je n’avais, selon les dire de mon médecin, plus que 24 ou 48h à « souffrir » avant de sortir de cette situation. Que nenni ! j’en ai au final pris pour une bonne quinzaine de jours supplémentaires. Soit plus de trois semaines de mutisme… La moitié de cette moitié de défi. Pas mal, non ? J’attends encore mon rendez-vous avec l’ORL pour confirmer l’origine du mal mais il semblerait qu’un reflux gastrique en soit l’origine. Y’aurait-il aussi des choses que je ne digère pas ou mal ? Possible. Fortement possible. D’ailleurs cela s’accorde parfaitement avec celles qui me restent en travers de la gorge.

De ce silence forcé, j’en ai profité pour me ressourcer. L’asociale en moi a pu être chuchoter chouchouter. Cela m’a servi de protection dans une période de tension professionnelle en évitant de trop en dire et de surréagir tout en me permettant de fuir (c’est pas bien mais ça fait du bien). Moi qui ai longtemps eu pour défense, l’attaque, j’ai revu radicalement mes armes on dirait.

J’ai pu prendre le temps de converser avec moi-même, et pas que pour établir la liste de course. J’ai réussi à entendre quelques messages de ma petite voix intérieure. Et entre autres des messages déjà reçus mais que j’avais bien écartés sous prétexte du tourbillon de la vie.

Et puis, quand tu ne peux ps parler, ça laisse de la place aux autres pour le faire. Ça m’a permis d’apprendre à écouter et plus seulement à entendre. Moi, la grande bavarde, j’ai aussi appris à apprivoiser les silences d’une conversation qui me mettent habituellement dans un grand inconfort. Le silence prête à la confidence, aux échanges plus personnel et j’ai ainsi vécu de beaux moments relationnels.

Plus de force que de gré, j’ai appris à me taire et c’était une très belle leçon.

J’ai appris à apprécier le silence que j’ai renforcé en bannissant audio et video. J’ai renouer avec les livres que j’avais délaisser alors qu’ils me font tant de bien.

Le défi de Lilou est une invitation au voyage intérieur pour mieux se connaitre. Traverser le pays du silence a certainement contribué à me faire cheminer dans le bon sens. Avant de démarrer ce défi, j’envisageais de vivre une retraite Vipassana. Après cet épisode, je me suis promis de le faire. Les inscriptions pour celle qui me convient le mieux auront lieu quatre jours avant celui de « la vision quest » (J65). Timing parfait. Belle coïncidence, heureux hasard ou juste… synchronicité ! Les synchronicités sont justement un thème de fond de ce défi. Il n’y a ni hasard, ni coïncidence. le Jour 41 lui est d »ailleurs dédié.

Des synchronicités j’en ai ressenti quelques-unes ces dernières semaines. Pas forcément tous les jours mais parfois plusieurs par jour. Des petites qui font sourire et des grandes qui peuvent changer une vie. Il y en a deux qui m’ont particulièrement marquée. La première, avant même de commencer,a été de gagner ce cahier à un moment bien placé. Mon contrat s’arrête fin février et beaucoup de choses bougent en ce moment. En finissant ce défi début janvier, je suis dans ce fameux timing parfait pour prendre la bonne décision sur les suites à donner à ma vie professionnelle et des conséqunces personnelles que cela engendrera.

La seconde, la plus forte et la plus perturbante est liée au retour de ma voix qui s’est fait dans la foulée d’une idée de voie. Cette idée totalement déraisonnée s’est vue appuyée dans la journée par une série de « signes » que les statisticiens considéreraient comme une anomalie. Peut-être me direz vous alors  » Hourra ! ». Sauf que je n’en suis pas encore là. Les doutes, les peurs, l’éducation, la « rationalisation » me font garder cette idée à distance. L’écart entre cette voie et ma vie d’aujourd’hui et tellement grand que je suis pas prête à l’assumer. Tant et si bien que je ne l’exprimerai même pas de ce billet… Il me reste encore 50 jours pour savoir ce que j’en fais et si je vous en parle ou pas. 50 jours pour dépasser mes peurs,  faire preuve d’assertivité, grandir, réussir à lâcher le frein que je m’inflige moi-même. A rouler au pas, je ne risque rien. Je ne risque pas non plus de profite de ce que la vie nous offre.

Les 50 jours passés ont été forts en émotion. Peur, angoisse, colère ont souvent ressurgies. Et et avec force. J’ai l’impression que tout bouillonne en moi. J’essaye d’écumer ce qui remonte à la surface pour éclaircir mon intérieur mais ce n’est pas vraiment facile. Ce défi m’oblige me permet d’être à la fois actrice et spectatrice de ma vie. C’est déstabilisant. J’agis, réeagis voire non-agis en connaissance de cause. Je suis invitée à évoluer, me bousculer et m’observer. J’ai l’impression d’être mon propre parent. Je me dois de faire preuve de bienveillance envers moi-même sans non plus être trop tendre. Un subtile équilibre pas simple à trouver mais nécessaire pour correctement avancer. Il y a un coté schizophrène qui donne mal à la tête. Au sens propre comme au figuré.

Sur ces 50 jours, il y a eu des ratés avec des matins mal réveillée, pressée et/ou désorganisée et où le temps du défi n’a pas trouver sa place. Et il y a eu aussi des soirées trop fatiguée pour m’y plongée. Parfois les deux cumulés faisant certains jours entièrement sautés. Il y a eu aussi des jours qui ne m’ont pas inspirés, où j’étais devant mon cahier sans savoir comment répondre à la question posée. Et puis il y a eu des jours où tout coulait de source, des jours qui m’ont parlé, des jours qui m’ont permis de revenir sur ceux que j’avais négligés, des jours où de petites lumières se sont allumées. Et puis des jours comme celui-ci où le défi rempli la majeure partie du temps. A l’image de ma vie, ce défi et le cahier associé sont vécus avec irrégularité. Mais je me dis que l’important c’est d’avancer sans lâcher. Et puis même si je n’ai pas planché de la journée sur le sujet, le défi reste dans un coin de ma tête et me fais poursuivre ce défi de façon consciente et inconsciente. Certains jours de « pause » se sont d’ailleurs parfois révélés plus constructifs que ceux actés car ils ont permis de laisser décanter certains points pour mieux les réaborder.

Je me sens bien fatiguée en ce moment. Les facteurs sont multiples : la saison, l’activité au boulot, la santé qui ne suis pas, ou plutôt le corps qui s’exprime trop  (ma voix n’est pas la seule à faire des siennes en ce moment), et puis toutes ces questions que le défi soulève… A contrario ce défi me permet d’avancer et de trouver de l’énergie pour traverser cette période mouvementée.

Ce défi est un vrai travail de développement personnel. J’ai même envie de dire de développement intime. L’impact émotionnel est puissant et je ne m’y attendais pas forcement. Je pense que cela explique en partie mon besoin de solitude en ce moment. J’ai besoin de temps avec moi-même pour savoir ce que je veux vraiment, pour faire la paix avec moi-même, régler certains pour avancer, pour arrêter de fuir et de me fuir. Il y a un gros travail de lâcher-prise et de peur à dépasser. Il y a beaucoup de remise en question, pas toujours agréable à vivre.

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A cette heure, je me sens à la croisée des chemins. Ça tombe bien puisque je suis à la moitié du parcours. Je ne sais pas où je vais, encore moins où je finirai, mais je sens que je m’allège et que je déblaye le chemin. Il y a encore de gros blocages qui m’empêchent d’avancer. Aussi bien dans ce défi que dans la vie. En prendre conscience est une chose, les comprendre une autre. Quant à les dépasser ce n’est encore gagner…

Ce défi est un peu comme une séance de sport j’ai la sensation de me faire du mal pour me faire du bien et que les efforts effectués seront récompensé. L’entrainement n’est pas très régulier et pas toujours très poussé. Des fois je me dis que je pourrais mieux faire et puis je me dis que c’est toujours ça de pris. Manque de confiance et culpabilité jalonne le parcours.

De manière plus douce, je note ce qui me fais du bien et cherche à les intégrer dans mon quotidien. Certains points impliqueraient une révolution plus qu’une évolution.  Cela m’effraie mais cela fait partie des peurs que j’essaie de surpasser. La peur m’empêche d’agir, alors que je suis sûre que si j’agissais mes peurs n’arriveraient plus à me retenir. Les gens qui me semblent les plus heureux sont ceux qui ont oser. Et j’ai envie de les imiter. Mes meilleurs moments de vie ont découler de peur dépassée tandis que mes regrets viennent d’actions non réalisées.

100 jours c’est à la fois long et court. Long, pour l’impatiente que je suis et en même temps très court sur l’échelle d’une vie. Alors j’avance pas à pas en prenant le temps d’apprécier au mieux l’instant présent. Suivant la difficultés du terrain, la vitesse n’est pas la même mais j’avance quand même. Je lâche mes lourdeurs du passé et repousse les angoisses de l’avenir.

Je vous suis reconnaissante, à vous qui êtes arrivé.e.s jusque là. J’ai l’impression d’avoir écris longuement pour, au final, n’avoir rien dit. Entre confusion et pudeur, j’ai du mal à en dire plus. J’ai aussi le sentiment d’avoir une tonalité un peu sombre dans cet article qui reflète surement plus mon humeur du jour et la couleur du ciel que les nuances colorées que j’ai pu rencontrer sur le chemin. J’espère vous revenir avec un bilan final bien lumineux et peut-être, d’ici là, quelques articles plus joyeux.

 

 

 

 

 

100 jours de questions pour une réponse

Hello tout le monde !

Si j’ai pu vous partager mes aventures norvégiennes, je vous ai laissés en plan à bord de Belem. Je n’évoquerai même pas l’écosse qui n’a pas encore eu sa place par ici… Vous pourriez vous dire que je reviens pour vous racontez la suite. Et bah, non, du tout. Enfin, pas aujourd’hui. Désolée. (Mais je compte bien y revenir quand même !)

Les vacances m’ont fait un bien fou. Elles ont fait le job : déconnexion totale de mes soucis du quotidien.

Le truc, c’est que je les ai retrouvés instantanément au retour. Et avec eux, est revenue toute une série de questionnements existentiels qui me taraudent l’esprit depuis des années sans trouver de réponses.

Effet élastique. Plus tu tire plus, ça fait mal quand ça reviens… Parce que quand je dis des années, en fait, je pense 17 ans. Il y a 17 ans, je rentrais en école d’architecture, la fleur au fusil comme dirait l’ancienne expression. Et puis, j’ai rencontré le doute. Mes illusions ont rencontré la réalité du milieu. Le choc a été rude. D’autant plus qu’un événement traumatisant a également percuté ma vie la semaine-même de mon arrivée dans ce nouveau monde…

Du coup, ma confiance en moi s’est fait la malle en même temps que mes illusions. Et les questions ont comblé le vide disponible. A démarré alors, une phase de résilience où mon leitmotiv était « ça ira mieux après ».

La reconstruction intérieure s’est faite plus facilement que la situation ne l’aurait laissé supposée. En revanche, le chemin de vie que j’avais choisi, lui, m’a, paru beaucoup plus ardu que ce que j’avais imaginé. Cette phrase qui m’a fait tenir et avancer, ce fameux « ça ira mieux après », n’était censé n’être que temporaire. Il est devenu permanent. A chaque pas fait, le « après » semblait s’éloigner d’autant : Après la première année, après la seconde, après… (y’en a 6, je vais pas toutes vous les faire), après le diplôme, après ma première, expérience, après la seconde, après… (vous sentez la redondance ?). Jusqu’au jour où il y a eu craquage total. Physique et mental. Plus questions d’ « après », c’était maintenant ou rien.

Il y a donc eu du rien : Burn out, chômage, dépression, divorce (le tout un peu entremêlé).

Une fois que tu touches le fond, tu n’as plus que deux choix : soit tu y restes, soit tu utilises ton ultime énergie pour donner le coup de pied qui te fera remonter. J’ai réussi à prendre la deuxième possibilité. J’ai fait le choix de la vie. Un choix qui m’a fait revoir mon chemin de vie. Plus question de repartir dans le même schéma que précédemment. Mais, du coup, où aller ? Et, cette nouvelle question est devenue obsédante.

Voila maintenant 2 ans que j’ai donné ce fameux coup de pied. J’en ai fait du chemin pour me remonter à la surface. Aujourd’hui, je respire à nouveau. Je bois encore la tasse de temps en temps mais rien de préoccupant, si ce n’est qu’il me faut sortir de l’eau. Je dirais que j’ai appris à faire la planche, améliorer ma nage, augmenter ma capacité d’apnée mais je cherche toujours le rivage…

Entre temps, j’ai découvert Lilou, sa télé et ses défis. Ses défis de 100 jours. Il en existe plusieurs sur des thématiques précises mais le principe est adaptable à nos besoins. J’ai très fortement besoin de renouer avec la sérénité. Je me suis lancé, sans attente. Le résultat m’a bluffé ! Disons que si ma sérénité devait se mesurer sur une échelle de 0 à 10, je dirais qu’elle est passée de 2 à 8.

En deux ans, j’ai pris conscience de beaucoup de choses. La notion de hasard à fait place à celle des synchronicités. En cette période de rentrée, où je sens que je risque de perdre pied de nouveau, que le besoin de trouver cette voie que je cherche tant devient pressant, j’ai eu l’opportunité de gagner le cahier du défi de 100 jours mission de vie. Je crois que le moment ne pouvais mieux tombé. Je le démarre donc avec fébrilité, un mélange d’espoir et d’appréhension. Ayant eu une première expérience très positive avec cet exercice, j’en ai beaucoup d’attente. Peut-être trop… L’enjeu est tellement important pour moi que je me leste de nombreuses peurs. Je vais donc commencé par lâche-prise pour me laisser porter là où je dois aller.

Si prochainement vous percevez des changements, vous n’en serez pas surpris…

Journée spéciale

J’ai commencé à m’interroger sur mes vacances estivales au mois de mai. J’avais trois pistes, trois envies. La plus ancienne nécessite du temps, de l’argent et un niveau en anglais bien supérieur à celui que j’ai actuellement. Cela consisterait à traverser l’Atlantique en bateau pour arriver dans le port de New-York puis partir traverser les Usa à bord Californian Zephyr pour visiter la Californie et quelques-uns des grands parcs nationaux. La seconde est de découvrir l’île de Pâques. Mais notre été est leur hiver. Me restait la solution de facilité le Belem.

Connaissant le bateau, je savais que j’y trouverais sérénité et ressources. Par contre niveau challenge et découverte, y’avait pas de grandes perspectives. J’ai quand même jeté un coup d’œil aux navigations de la saison. Quitte à re-embarquer, je voulais essayer de varier les plaisirs. J’avais déjà testé le golfe de Gascogne et la Méditerranée. Un petit tour dans le Nord pouvait donc m’intéresser. Ça tombe bien, je savais que Belem voguait sous ces hautes latitudes cet été. Dans mes autres critères pour choisir mon embarquement, il y avait la durée. 4 jours l’année dernière c’était un peu juste. En faisant un tour sur le site de la fondation, j’ai constaté que de nombreux stages était déjà complets. Parmi ceux restant, il y en a un qui m’a fait de l’oeil rapidement : Le 14, Oslo-Edimbourg. Mer du Nord -> bon point. Traversée de huit jours. La plus longue du programme -> bon point. La plus cher par conséquent… Moins bon point mais, du coup, c’est un bon atout pour qu’il y n’y ait pas trop de monde. Autre point positif, Oslo et Édimbourg sont deux villes que je ne connais pas dans deux pays que je ne connais pas non plus mais que je serai heureuse de découvrir. Cerise sur le gâteau, les dates : du 28 juillet au 5 août. Cela voudrait dire que je passerais mon anniversaire en mer. Et ça, c’est une idée qui me plaît beaucoup. Et bon, vu ce que je suis en train de vous raconter depuis plusieurs jours, vous savez l’option que j’ai finalement choisie…

Nous voilà donc arrivés à ce jour spécial. Mon jour. Celui que je m’accorde chaque année pour me faire plaisir. Jour que je me suis décrété férié. Sauf que… Sauf que cette année le sort a décidé de se moquer de moi : je démarre la journée avec le quart de minuit à quatre et je finis avec celui de huit à minuit. Entre les deux je suis de service pour le repas de 11h ! Sérieux ?! C’est ma journée la plus chargée du stage. Celle où je vais « travailler » le plus et dormir le moins…

Par chance ou plutôt par gentillesse, Didier, un stagiaire de mon tiers avec qui j’ai sympathisé dès le premier jour me propose d’intervertir nos services. Je suis donc libérée de la corvée du midi En échange, je prendrai celle du lendemain. Avec plaisir cette fois.

Bon, reprenons le fil de l’histoire. Nous sommes encore le premier août. Je suis sur le pont, adossée à la cuisine, à regarder la mer dans la nuit. J’attends minuit. Minuit pour prendre officiellement le quart. Minuit pour prendre officiellement un an. Je dois admettre un peu de vague à l’âme. Le cap des 35, c’est celui où, bien que toujours dans la trentaine, tu bascules du coté des 40. Ça m’effraie. Ça m’effraie de voir à quel point le temps passe vite, à quel point il me file entre les doigts. J’ai encore tellement d’envies. Je me sens encore débutante dans la vie. A l’heure, où la plupart de mes ami.e.s sont en couple, avec des enfants, propriétaire et en CDI, je me sens en total décalage avec mon âge que je commence pourtant à ressentir. Le coiffeur m’a fait découvrir mes premiers cheveux blancs il y a quelques semaines. Sur ce bateau, il y a les jeunes, les vieux et moi qui me balade entre les deux. Et, a cet instant, je n’ai pas encore rencontré ces « vrais » jeunes français de l’auberge de jeunesse écossaise qui ne pourront s’empêcher de me vouvoyer. Par respect, dû à mon grand âge j’imagine…. Ces deux dernières années ont été rudes et m’ont marquée physiquement. J’ai longtemps fait plus jeune que mon âge. Aujourd’hui je fais au moins celui que j’ai. Pourtant, plus le temps passe, plus je me sens raccord avec moi-même et en paix. En paix avec moi-même mais aussi avec les autres. La sagesse peut-être ?

Bref, il est minuit moins deux ou moins une. Tanguy, un des plus jeunes sur ce bateau, se tient devant moi et me fait un décompte digne d’un 31 décembre pour être le premier à me souhaiter mon anniversaire. Touchant. Et, puis la nouvelle se repend rapidement. Entre le quart qui monte et celui qui descend, aussi bien côté stagiaire qu’équipage, des « joyeux anniversaire » me sonne gaiement dans les oreilles. Je me sens bien à ce moment, au milieu de la mer, au milieu de gens qui m’étaient encore inconnus il y a seulement quelques jours.

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Passées ces quelques minutes particulières, le train-train du Belem reprend : Veille-Barre-dispo pendant une heure toutes les heures et toutes les 20 min pour la dernière avant la relève. Le tout, toujours, sous un ciel joliment étoilé. Et puis, relève à 4h pour pouvoir aller se coucher.

A 11h, Julie ma voisine de bannette me réveille gentiment pour me signaler que le repas a déjà démarré. Sachant que j’ai zappé le petit dej’ et que le dîner est encore bien loin, je la remercie et m’habille rapidement. Tout le monde est déjà attablé et a commencé à manger. Je file donc au fond de la batterie où il reste encore deux-trois couverts de libres. J’entends de nouveaux quelques « joyeux anniversaire » dont je n’identifie pas trop l’origine car mon cerveau est toujours en cours de démarrage.

Le repas se passe comme à son habitude quand, subitement, les lumières s’éteignent. Le dessert arrive en grande pompe jusqu’à moi, surmonté de cinq bougies, et accompagné d’un joyeux anniversaire chanté en cœur. Quelqu’un a filmé, un autre a photographié sauf que si pour le coup je suis bien réveillée, je suis maintenant troublée et de ce fait je n’ai aucune idée de qui a immortalisé ce moment. Donc je n’ai rien récupéré… Dessert « local » oblige le gâteau fut évidemment une délicieuse omelette norvégienne.

A la fin du repas Didier et Julie qui connaissait l’existence de cette surprise à l’avance m’ont avoué avoir eu peur que je préfère rester dormir plutôt que d’assister au repas et craint un flop à l’arrivée des bougies. Il m’o t également rappeler que j’avais eu une bonne idée de vouloir intervertir mon service car s’apporter son propre gâteau n’aurait pas été top. Alors, à eux deux, merci ! Et à tous les complices aussi. Même si pour l’anecdote c’est moi qui ait été remerciée par beaucoup car, grâce à moi et à mon grand nouvel âge, tous se sont régales d’un dessert qui sortait de l’ordinaire. Évidemment le second service a eu la même gourmandise ; sans la mise en scène cette fois. Surtout que pendant ce deuxième acte, j’avais de nouveau rejoint Morphée.

A mon deuxième réveil de la journée, une belle surprise m’attendait. Elle ne m’était pas spécialement réservée mais elle m’a enchantée. Cet après-midi il y avait ascension dans la mâture ! Si j’avais déjà pu grimper sur la première vergue, j’allais avoir la possibilité de grimper jusqu’à celle du grand cacatois. Harnachée comme il faut, je m’envole donc vers le sommet du grand mât. A quelque 30m de haut, la vue est superbe, la sensation magique ! J’aime ascensionner les grues mais là, c’est un niveau de kif bien plus grand. Ça bouge pas mal là-haut mais pas le moindre signe de mal de mer. Le ressenti est plus celui, apaisant, d’un hamac ou d’une balançoire. C’est vraiment un beau cadeau d’anniversaire !!! Et je suis vraiment heureuse de passer cette journée spéciale à bord du Belem quelque part dans la mer du Nord.

De retour sur terre le pont, la journée se poursuit très agréablement avec sa routine tranquille entre chill, repas et nouveau quart de nuit. Aujourd’hui encore, je verrai le minuit de début de journée et celui de fin. Une journée comme les autres, une journée pas comme les autres. Une journée spéciale qui restera bien ancrée dans ma mémoire. Et j’espère que dans 35 ans je m’en souviendrai encore avec plaisir tout en appréciant le 70ème que je viendrai de fêter joyeusement.

Minuit-minuit

Avec un quart de 0 à quatre, la journée commence avant même minuit. Comme d’hab, un gentil membre de l’équipage vient nous réveiller un bon quart d’heure avant l’heure. Comme d’hab, je suis trop dans le brouillard pour savoir qui. Comme d’hab, je serai quand même à l’heure au rendez-vous sur la dunette. Comme d’hab notre tiers est réparti entre barre, veille et dispo.

Je prends conscience que nous avons quittés Arendal et repris la mer après le repas pour poursuivre notre route vers Édimbourg. Evidemment, je dormais à ce moment-là donc je découvre ça à l’instant.

Comme pour toute sortie de port, nous avons dû le faire au moteur. Cependant les conditions de mer et de vent sont idéales, nous allons donc pouvoir repasser à la voile. Il fait nuit noire. C’est étrange, j’en avais perdu l’habitude avec ce soleil estival insomniaque du grand nord. C’est beau aussi, avec ce ciel étoilé, loin de toute pollution lumineuse.

Pour les quarts de nuit que j’avais pu effectuer lors des navigations précédentes, la lumière artificielle était proscrite. Il faut environ 20 minutes pour optimiser sa vision nocturne. Par contre un seul flash de lumière nous oblige à reprendre le processus d’adaptation à l’obscurité. Il est donc plus sécuritaire pour tous de s’habituer à se repérer dans le noir que de se balader avec des lampes de poches qui nous éclairent ponctuellement mais ne nous permettent pas d’évoluer librement ni d’avoir une connaissance large de notre environnement. Et encore moins lorsqu’il s’agit, à la veille, de guetter la mer pour y repérer un éventuel danger. Seule la lumière rouge est tolérée car elle ne perturbe pas tant que ça notre vision nocturne (cf les labos photos – pour ceux qui ont connu l’argentique).

Cette fois, apparemment ce n’est pas le cas. L’équipage est muni de lumières classiques. Dommage, car effectivement j’ai plus de mal à m’adapter. Je fais part de ma surprise aux gabiers qui m’expliquent que nous allons établir l’ensemble des voiles du grand mat et de celui de misaine et que pour s’assurer du mieux possible que chaque cordage est bien en place avec la tension adaptée, il plus prudent d’utiliser un minimum d’éclairage. Il arrive en effet que deux bouts se croisent ou qu’une écoute soit bloquée et s’en rendre compte sans visuel n’est pas assuré. A défaut d’être confortable ces lumières qui se baladent dans le noir et sur les voiles confèrent une ambiance mystique. Une ambiance qu’il me semble impossible de trouver ailleurs que sur Belem !

La manœuvre va prendre une bonne partie de notre quart. En effet, de nuit et à 10 (toujours 12 moins un veilleur et un barreur) nous ne ferons pas sensation niveau rapidité. Sur les quatre membres de l’équipage qui nous accompagnent, un reste à la timonerie et les trois autres nous encadrent pour diriger les actions et vérifier que tout se passe comme prévu.

Ce quart est considéré comme le plus « dur » car celui le plus éloigné de notre rythme de terrien. Le risque de somnolence est très fort en cas d’inactivité. Pour le coup, cette nuit, il est passé bien vite aux vues de toutes les manœuvres que nous avons effectuées : affamer les voiles, hisser les vergues, brasser les phares, border le tout et enfin lover l’ensemble des cordages que nous avions bien mis en bazar pour l’occasion. Si ce moment a été plaisant, j’avoue ne pas avoir été mécontente de voir la relève monter pour pouvoir regagner ma bannette et retrouver Morphée.

11h. Déjeuner. Malgré mes boules Quiès l’ambiance sonore me réveille et j’émerge de nouveau pour aller manger. Je ne fais qu’une apparition le temps du service et retourne dormir aussitôt. Le plus, pour moi, cette nuit a été de me lever à minuit. Donc pour ce soir, vu que je rejoue aux mêmes heures, je prévois de ne pas me coucher. Ça me semble plus facile. Sauf que, comme je me sais sensible au mal de mer et grosse dormeuse de base, je ne veux pas prendre le risque de me retrouver en déficit de sommeil. Du coup j’anticipe en dormant le jour (pour finir la nuit passée et anticiper sur la suivant.

Je démarre ainsi réellement ma deuxième partie de journée vers 14h. Sans surprise la salle de bains est libre. C’est l’un des avantages du rythme du Belem. Comme chacun gère son sommeil comme il veut peut en fonction de ses heures de quart et de repas, nous dormons tous à des heures différentes et le timing hygiène se retrouve lui aussi sur des heures totalement farfelues par rapport aux habitudes terrestres classiques.

L’après-midi se passera tranquillement à admirer la mer (quelques dauphins nous ferons un bref coucou – pas le temps pour un photo), bavarder avec les autres membres à bord (stagiaires comme membres de l’équipage) et participer aux manœuvres de barre ou d’ajustement au vent.

Petite pause nutritive à 19h et je remonte sur le pont avec le 2ème tiers qui démarre son quart. Le premier tiers est passé à table avec la moité du mien. Et l’autre moitié qui a dîner en même temps que moi s’apprête à dormir. Je suis donc seule à errer librement sur le pont et à profiter du soleil déclinant sur l’horizon. Un sentiment de paix m’envahi à ce moment.IMG_6575

Comme le tiers de quart n’est pas plus nombreux que le mien, l’équipage me demande de me joindre aux manœuvres pour filer un coup de main aux stagiaires de service. Et oui toutes les forces comptent sur cette navigation. Même la mienne !

Mention spéciale pour cette journée où j’ai passé éveillée le minuit de démarrage et le minuit de clôture.

Mention spéciale pour cette nuit qui démarre où je ferai deux quarts d’affilé.

Et surtout mention spéciale pour la journée à venir que je ne suis pas prête d’oublier…

 

Libéréééeee ! Délivréééeee!

La journée d’hier s’est finie tôt et sans gloire. Mais on est pas en croisière, alors ce matin, il faut quand même assurer le quart. Le 4 à 8, comme la veille. Il est donc 3h45 quand je me fais réveiller en douceur par l’un des matelots. Vu mon état de la veille, je commence prudemment par m’asseoir pour émerger en conscience et vérifier l’état de fonctionnalité de mon corps. Apparemment ça va. C’est pas le top du top mais suffisament correct pour ne pas avoir d’excuse pour rester au lit… Alors, hop debout ! Même programme qu’hier : veille, barre et dispo. Puis petit dej’ (servi par d’autres membres de notre tiers cette fois) et sieste de nouveau jusqu’au repas. Enfin ce midi pas d’horaire car pas de service. Ce midi c’est pique-nique ! Et pique-nique à terre puisque nous sommes entre-temps arrivés sur le territoire de la reine des neiges : Arendal !

Vu mon état de la veille je devrais être heureuse de me retrouver les pieds sur la terre ferme. Je devrais me sentir Liberéééee ! Délivréééee !

Sauf que, en fait, non. Ça m’angoisse plus qu’autre chose. Après une journée de négociation avec mes tripes, la bataille avec le mal de mer est normalement gagnée (sous réserves de conditions de mer non-apocalyptique). Le truc c’est qu’une fois amarinée, il faut se réhabituer au sol fixe avec le pendant du mal de mer : le mal de terre… Donc là, en fait, je flippe d’avoir le mal de terre toute la journée et ensuite de devoir me ré-amariner le lendemain. Le mal de mer un jour ok. Un jour sur deux, pas d’accord !

Bref, maintenant qu’on est à quai et que tout le monde descend, je ne vais quand même pas rester seule à bord. Même s’il reste toujours sur le bateau la part de l’équipage de service. On abandonne pas le navire comme ça !

D’ailleurs, pour l’équipage, une journée d’escale, c’est une journée de repos. Ou presque. Service de garde minimum sauf si impératif contraire. Et là, pas de chance pour eux, il y a impératif. Le grand perroquet a pris cher avec la meteo de la veille. La voile s’est déchirée et il faut la réparer. Malheureusement, cette voile avait déjà subi une avarie et la déchirure de la veille s’est faite le long de la couture de la réparation précédente. Résultat, le perroquet est à changer complètement et cela va leur prendre plusieurs heures…

Pendant que les pros bossent, je me décide à franchir le cap et à débarquer. Une petite pluie fine nous tient compagnie. Pas top. Surtout pour se balader dans ce qui est apparemment la cité balnéaire de la Norvège. Tant pis. Après un petit tour de découverte, je me pose en compagnie de quelques stagiaires sur la terrasse abritée d’un pub, collée à un chauffage à flamme. Ça tangue un peu mais ça va. Et puis le chocolat chaud fait vraiment du bien. Et le feu aussi.

Bien plus tard, deux mousaillons nous rejoignent. Ils ont trouvé une boutique de vetementsetechniques qui brade et ils ont complété leur équipement. Du coup, on lève le camp pour y aller faire un tour (pour le plus grand bonheur du serveur qui se demandait si on partirait un jour). J’y trouverai une polaire qui remplacera parfaitement celle que je pensais avoir mis dans mon sac.

Encore un petit tour avec une halte gourmande pour tester une spécialité locale ressemblant vaguement à une gauffre-boule, et dont j’ai oublié le nom, avant de retournet à bord pour passer à table. Oui, on est atteint par une légère obsession envers la nourriture à bord du Belem.

Et puis dodo. Cette nuit je suis de quart de minuit à quatre. La nuit va être courte. Ou hachée. Je ne sais pas trop encore quel terme employer. Espérons juste que mon pied soit toujours amariné et que tout se passe bien.

Nourrir les poissons

Jour 2

Réveil 3h40… Et oui, je suis de quart de 4 à 8. Donc l’équipage vient nous réveiller avec « un peu » d’avance, histoire d’être sur que nous soyons sur la dunette à 4h.

Déjà qu’un lever à 7h m’est difficile, je suis totalement au radar à cette heure plus que matinale. Mais bon je m’actionne et suis au rendez-vous comme il faut. Notre tiers se compose en toute logique de 12 personnes, puisque nous sommes 36 stagiaires embarqués sur cette navigation. Pour nous accompagnés, les trois matelots et l’officier de quart. Notre tiers se retrouve de nouveau divisé en 3 tiers. Et chaque tiers de tiers se retrouve affecté à un poste, Vigie, Dispo ou Barre, puis s’en va relever le groupe du quart précédent, le zérac (pour zéro à quatre), bien heureux de pouvoir aller dormir.

Je commence par la veille (ou vigie). Pendant une heure, nous guettons l’horizon sur le gaillard avant pour signaler à la Dunette/Timonerie toute embarcation, phare, OFNI (Objet Flottant Non Identifié) ou autre élément nouveau dans le paysage. A cette heure, c’est plutôt calme. L’ambiance est super sereine et nous assistons au lever du jour en toute détente.

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5h. Passage à la barre et donc retour sur la dunette. Une personne à la fois. Les autres s’occupent comme elles le sentent C’est souvent le moment pour aller faire les curieux dans la timonerie et se renseigner sur notre route, notre vitesse et approcher tous les instruments de bord.

A 6h, de nouveau changement de poste. Nous passons en dispo. C’est-à-dire que nous nous tenons prêts pour toute manœuvre de voile. Bon, à quatre on ne fait pas grand chose sur un trois-mâts. Donc, en cas de manœuvre, il n’y a qu’une personne qui reste à la veille et une autre à la barre. Le reste du tiers se regroupe pour unir ses forces. Ce qui nous fait un peloton de 10 paires de bras dans notre cas. C’est à dire toujours pas beaucoup. Les navigations étant programmée pour 48 stagiaires et étant quasiment toutes pleines, les tiers font habituellement 16 personnes, ce qui commence à être intéressant en main d’oeuvre pour l’équipage.

Les quarts de nuit pouvant paraître assez long, l’équipage trouve toujours un phare à brasser, une voile à envoyer, une écoute à border, des cordages à lover pour nous occuper activement pendant cette période. Si il n’y a rien de spécial à faire, on nous propose quasi systématiquement de regarder une video en lien avec la navigation dans le petit roof. Mais après plusieurs embarquements, leurs ressources ne sont plus très attrayantes20190731_051120_1.jpg

De toute façon, comme à 7h c’est petit dej’, nous sommes affectés à la mise en place de la table dans la batterie à partir de 6h45. Vu que les deux autres tiers dorment encore, le mot d’ordre est : silence ! A pas feutrés nous effectuons les allers-retours entre la cuisine sur le pont et la batterie sous le pont. L’échelle/escalier et le passage des portes étanches est toujours un moment délicat lorsque nos bras sont chargés.

Evidemment, aujourd’hui, je suis à l’heure pour ce repas. Enfin autant que notre amirale qui doit avoir quelque problème de sommeil et qui est attablée à 6h50 alors que nous n’avons toujours fini de disposer le service. Avec l’épisode de la veille, je me fais un plaisir de lui dire que ce n’est pas encore ouvert. Elle se moquera autant de ma remarque que moi de la sienne le jour précédent. A 7h50, tout le monde a déserté. Nous remontons donc tout en cuisine où nous nous faisons fraîchement accueillir par Alex qui me rappelle qu’il y a potentiellement des « lève-tard » à bord qui ne se lèveront peut-être que 5min avant la deadline et qu’ils ont bien jusqu’à 8h pour en profiter. Et, effectivement, deux zombies sont apparus pour enfiler rapidement un café et un bout de pain sur ces dernières minutes. 8h15, table débarrassée, vaisselle nettoyée et rangée, je peux enfin retourner me coucher jusqu’au déjeuner qui pour ma part sera à 11h.

11h, à table ! Même si on embarque pour la voile et la mer, je crois que les deux activités principales sont manger et dormir. Le couvert est dressé mais… sur filets. Ce qui peut vous paraître neutre réveille en moi une petite alerte. Les filets sont de sortie quand le bateau nous secoue suffisamment pour faire tomber de table ce qui s’y trouve. Et effectivement, le mouvement a pris de l’ampleur pendant ma sieste du matin. A tel point que j’ai hâte de finir mon repas pour aller prendre l’air frais sur le pont.

C’est le début de la fin…

Si la journée d’hier était d’un calme plat sur le fjord, ce n’est plus la même chose aujourd’hui. La position debout sur la coursive va assez rapidement passer à assise puis couchée à plat-pont dans le grand roof… A noter que même s’il s’amuse à me faire de fausses alertes, mon estomac à l’air, quand même, décidé à ne pas rejeter son contenu. Par contre, je tremble, je frissonne, j’ai froid. Je n’ai plus aucune notion du temps qui passe ni de ce qui m’entoure. Je sais juste que nous sommes de plus en plus dans le grand roof qui a été temporairement rebaptisé la « morgue » aux vues de la couleur de ses occupants et de leur attitude.

Si mon corps ma lâché et que j’ai l’air en piteux état, mentalement ça va. Je suis passée en mode recentrage sur la respiration, pleine conscience et méditation. Ça aide beaucoup à traverser ce moment mine de rien. Par rapport à ma première expérience et aux vues de l’état de mes compagnons de bord, je trouve d’ailleurs que je gère plutôt bien cette fois. J’irai même jusqu’à dire que je suis plutôt sereine. J’attends que ça passe car je sais que ça ira mieux demain. Par contre mon Le corps, lui s’est une autre histoire. Les symptômes ressemblent fort à ceux d’une grippe intestinale. Toujours tremblant, incapable de se tenir en position assis, j’ai l’impression qu’il est au bout de ma vie. Le summum a été quand des larmes se sont mises joyeusement à couler pendant plusieurs minutes. Comme ça, sans sanglots, sans ressenti ou émotion particulière. Juste comme si ça débordait à l’intérieur et que incapable de gérer le corps libérait la pression par un flot lacrymale.

Même si elle n’est pas très fraîche, notre stagiaire médecin (et non médecin stagiaire) est encore debout et fidèle à son serment d’Hippocrate tente de nous soulager dans la mesure de ses moyens. Elle me demande ce qui me ferait du bien et je lui répond faiblement qu’une couverture et un peu de raisin ferait mon bonheur. Je mettrai une heures pour avaler les 5 grains apportés et resterait prostrée dans la couverture jusqu’à tard dans l’après-midi, moment où sentant un regain de vitalité je tente une descente en batterie me chercher un thé et un nouveau mercalm (oui, j’en avais déjà pris par précaution avant d’être mal – utile mais pas suffisant). Mauvaise idée. 10 minutes plus tard je nourrissais à mon tour les poissons du contenu de mon estomac incluant mon précieux cachet. Me sentant incapable de retournant dans les entrailles du bateau pour en reprendre un autre, je me contente de retourner comater sur le plancher du grand roof.

19h. Je ne sais comment la journée est passé mais c’est déjà l’heure du premier service du soir à en croire la cloche que sonne. Je ne sais même pas à quel moment je suis censée manger. De toute façon peu m’importe, il n’est pas question que j’avale quoique soit.

20h, deuxième round. Vu ce que je capte, je crois comprendre que tout ceux en état de dîner auraient pu tenir en un seul service. Pour ma part je n’attends qu’une chose, c’est que le repas soit terminé pour tous afin de pouvoir me réfugier dans ma bannette, sans odeur de nourriture, pour y purger ma nuit.

Au final, je n’aurai pas vu grand chose de cette journée mais je l’aurai bien ressentie et m’en souviendrai longtemps. Je pense d’ailleurs que je ne serai pas la seule. Vous m’excuserez du manque de photos mais ce n’était absolument pas dans mes capacités du jour.

Je tire mon chapeau à Adèle qui a assuré son quart à la barre en s’éclipsant juste le temps qu’il faut pour alléger régulièrement son estomac et à Alex qui a fait de même pour assurer en cuisine alors que dans le grand roof nous avions jeté un tabou sur tout ce qui avait trait à la nourriture. L’équipage assure, par tout temps, quoiqu’il lui en coûte !

Allez, demain ça ira mieux.

A fond le Fjord

Premier jour complet à bord. Au programme levée d’ancre à 10h puis remontée du Fjord d’Oslo.

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Avant ça, il y a petit dej’ de 7 à 8. Et quand je vous disais que le ptit dej’ et moi on allait pas être en harmonie sur le Belem, ça a commencé de suite… Alors que certains c’était porté volontaire pour sa mise en place avant 7h, j’ai personnellement emmergé difficilement de mon lit ma bannette vers 7 et quart. Le bruit ambiant ayant eu raison de mon sommeil de belle au bois dormant équipée de boules Quies. Le temps de me vêtir à minima et de faire les 3-4m qui sépare ma couchette du banc de la batterie, je me suis attablée vers 7h20/25. Dans mon esprit j’étais large.

Dans les faits, les 2/3 avait déjà fini leur repas, tout excités à l’idée du départ imminent. (dans plus de 2h quand même !). C’est donc encore somnolente que je démarre ma socialisation maritime avec ceux toujours devant leur bol.  A la première question basique reçue (as-tu bien dormi ? ), j’ai répondu par sincérité automatique « je dors encore ». Ce qui n’était pas faux mais qui a bien fait rire mes voisins et leur a donner un aperçu de ma relation au sommeil (qui se fera sa renommée à bord). Bref, pensant avoir encore une bonne demi-heure devant moi, je m’attaque à un chocolat chaud et un bon morceau de baguette beurrée. Sauf qu’à 7h40 je me fais gentillement dégagée par les volontaires de service. Enfin une plus précisément qui me dit qu’ils remballent car tout doit être propre pour 7h45. Il est vrai que ceux encore à table avaient fini et qu’il ne restait plus que moi à réellement déjeuner. Mais, ce nouvel horaire, sorti de je ne sais où, ne m’a pas vraiment plu, ni convaincu. Je me suis donc retrouver mon bol dans un main et ma tartine dans l’autre pour laisser passer l’éponge sous mon nez en leur disant que je remontrai moi-même en cuisine ma vaisselle restante. J’ai oui dire, plus tard, que cette agréable dame est, en fait, amiral (ou gendarme haut gradé selon les sources – je n’ai pas été vérifier). Quoiqu’il en soit, ceux qui sont sous ses ordres ne doivent pas rire tous les jours vu l’amabilité dont elle fait preuve en vacances. Je fini donc, rebelle et seule mon casse-croûte matinal et remonte découvrir nos deux cuistots-matelots, Caroline et Alex, pour leur rendre mon précieux bol en plastique (précaution utile en mer). Je m’excuse du retard et leur explique la situation vite fait. Ce a quoi on me répond que j’avais raison, que le service à fait du zèle et que le petit déjeuner est bien jusqu’à 8h en bas. Autant vous dire qu’avant même de larguer les amarres, j’avais déjà mis un nom sur la liste des personnes que je n’avais pas envie de revoir.

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En ce premier jour, le bateau est encore tout propre. Donc le poste de propreté quotidien de 8h à 9h n’est pas encore activé. Tant mieux. J’en profite pour aller me laver moi-même du coup. Dans notre charmante salle de bain féminine, je fais connaissance avec deux des 11 femmes stagiaires de cette navigation. (Nous sommes 36 au total pour cet embarquement). C’est alors que je vois entrer P1 entre mais ne dit pas bonjour. (P1 pour princesse n°1 dans ma version. Pour d’autre le P est beaucoup moins polissé.) P1 est chez elle sur Belem. P1 ne s’abaisse pas à saluer les moussaillons que nous sommes. P1 est une charmante personne dont j’ai fait la connaissance l’année précédente. Alors que la plus part d’entre nous économise pour faire une navigation, elle en fait 3 ou 4 d’affilé, tous les ans. C’est-à-dire qu’elle reste à bord entre 3 semaines et un mois chaque été. Nous ne mangeons pas les mêmes rillettes. D’ailleurs, à bord elle fréquente plus l’équipage que les stagiaires. Ou seulement les gros récidivistes comme elle (comme notre amiral par exemple). Pas vraiment enchantée, mais pas surprise non plus ( j’avais eu vent de sa présence à bord avant d’embarquer), je me contente d’en déduire que le débrief d’accueil hier n’était, apparemment, pas digne de sa présence la veille. Cela me fait aussi penser que P2 ne doit pas être loin, du coup. P2 est l’ombre de P1, quoique plus accessible si par hasard P1 à pris momentanément ses distances. Esprit colonie de vacances, te revoilà !

9h, rendez-vous dans le grand roof. Le grand roof c’est le « salon » du Belem ; la pièce de réception si l’on veut. De façon plus pragmatique nous dirons la salle de réunion. Le commandant (=capitaine), nous reçoit et nous présente l’ensemble de l’équipage qui se compose de lui-même Capitaine, de son second, de deux lieutenants, un bosco, un chef mécano, deux cuistots et huit matelots. Les matelots sont tous gabiers et instructeurs. C’est-à-dire qu’ils bossent aussi bien à plat-pont que dans le gréement. Et instructeurs car le navire est un bateau-école et qu’à chaque navigation il y a potentiellement 48 écoliers.  Ce qui est assez drôle, c’est de ce dire que certains stagiaires (les gros multi-récidivistes) connaissent mieux Belem que certains matelots (et pour le coup, nous avions trois petits nouveaux à bord). C’est ma troisième navigation, la plupart de tête me sont déjà connue mais si il y a quelque évolution. Par exemple le capitaine n’était que second lors de ma traversée La Corogne-Lorient.

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10h approche et le départ aussi. Tous sur le pont pour voir Belem larguer les amarres et dire au revoir à Oslo. Un petit pincement au cœur de quitter cette chouette ville et une grande joie de partir en mer ! Par contre, pour la voile, il faudra attendre un peu. Enfin le lendemain. Le fjord étant étroit, plein d’îlot et très fréquenté, nous sommes sommés d’en sortir au moteur et sous la direction d’un pilote. Il y a 55 miles à parcourir. C’est long mais c’est beau car le rivage restera visible tout au long de la journée. Et comme il n’y a pas de gréement à manœuvre à faire nous avons quartier libre entre les repas (11h ou midi selon le service et 19h ou 20h), nos services et notre premier quart.

Concernant les quarts, c’est le second qui les a mis en place. Comme le dit le commandant lui-même avec 4 galons et il a 4 mots pour son poste : IL SAIT TOUT FAIRE (mais IL FAIT TOUT FAIRE), tandis que son second n’en a que 3, pour sa part : IL FAIT TOUT (même si IL SAIT TOUT aussi). Bref, le premier tiers prendra à partir de ce soir le 8/0h, le second le 0/4h et le troisième le 4/8. Avec mon numéro 37 je suis dans le 3ème tiers. On restera 2 nuits comme ça puis on décalera d’un quart en avant pour 2 nouvelles nuits et ainsi de suite. L’équipage est aussi divisé en tiers mais reste en horaire fixe pour la durée de son embarquement. Par contre il est également soumis aux quarts de jour (mêmes heures que la nuit), alors que nous en sommes dispensé. Cette dispense diurne est une nouveauté pour moi. Il est vrai qu’en journée il y a toujours suffisamment de stagiaires sur le pont pour les manœuvres et qu’avec nos nuits actives s’éclipser pour faire une petite sieste sera toujours appréciable.

Cette première journée passe très vite entre l’exercice de sécurité de type abandon du navire, l’atelier matelotage et la connaissance du groupe. Et puis pour moi elle s’arrêtera tôt car en prévision du quart de 4 à 8, j’ai dîné (service de 20h) et suis partie me coucher. Pas question d’être malade à cause de la fatigue !

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