Un grain de sable dans les rouages des vacances.

Il fait froid, il pleut, il parait que c’est la magie de Noel en ce moment. Bref, mes zébrures me conduisent à écrire cette après-midi la suite de mes vacances estivales.

Je vous laissais à J-7 (c’est ici) avant le départ. Il ne me restait plus que deux-trois petits détails comme acheter mon billet de train entre Hyères et Gênes et trouver un hébergement pour mes trois nuits en terre italienne.

Nous sommes donc le 14 août. C’est plutôt calme dans le batiment en cette veille de 15 août. Ma réunion du matin c’est finie de bonheur, j’en profite pour filer sur un autre chantier et faire étape à la gare qui est sur le chemin afin de finaliser l’achat de mes billets. Heure creuse que cette fin de matinée. Je repars vite-fait bien-fait avec mes billets en poche et le sourire aux lèvres : les vacances sont toutes proches ! Tout va bien.

Tout va bien. Tout va très bien… madame la marquise : Le pont Morandi vient de s’écrouler !

Ma joie aussi.

Belle synchronicité : pendant que j’achetais mes billets, Gênes s’endeuillait. Bilan Provisoire à l’instant T : 30 morts. La ville est sous le choc. Et moi aussi. Je ne suis pas superstitieuse, ça porte malheur. Mais là, dois-je y voir un signe ?

Premiers réflexes : s’informer. Les infos françaises ne font que du misérabilisme sensationnel et ne sont d’aucune utilité. Celles italiennes sont confuses et surtout… en italien. Je comprends seulement que ce pont-autoroute a eu la bonne idée de s’écrouler sur les voies ferrées qu’il enjambait. Du coup, plus d’autoroute, plus de train, du coté français de la ville. Euh… je fais quoi de mon billet ?

Autant vous dire que le reste de la journée n’a pas été professionnellement productif . Pas grave, tout le monde est en vacances. J’ai passé les heures qui ont suivi l’achat de mon billet à savoir si il était encore viable ou pas ; à chercher un logement quand même, au cas où, avant que journalistes, curieux et familles endeuillées saturent l’offre d’hébergement (quand ton sens pratique te rend cynique…).

Finalement plus de peur que de mal (pour moi en tout cas car le bilan final portera le nombre de mort à 43) : l’axe côtier, qui me concerne, a été épargné (il s’en est fallu d’un simple kilomètre) et airbnb m’a trouvé un point de chute chez une russe (idéalement située à mi-chemin entre la gare et le quai tout en étant en cœur de ville et proche du métro).

Moi qui cherchais un peu d’animation, voire d’aventure, dans ma vie, je n’en demandais pas tant ! Bref, tout est calé. Me voila techniquement parée à embarquer mais psychologiquement perturbée : comment se réjouir de partir en vacances dans ville meurtrie ?

Gênes n’était, au départ, qu’un choix par défaut. Une étape nécessaire pour mieux peaufiner la suivante : Belem. Pour autant, j’étais heureuse que la vie me l’ait mise sur mon chemin et bien motivée pour la découvrir et l’apprécier.

Quand j’ai commencé à parler de mon séjour dans cette ville, la plupart n’avait aucun avis sur le sujet. Cette ville ne semblait intéresser personne. Passons, je verrai par moi-même. Mais en fait, il y en avait quelques uns quand même qui s’exprimaient… Mais pas en bien. Gênes était, de leur point de vue, « moche », industrielle et portuaire. J’aurais pu perdre toute attractivité pour ce site si mon enfant intérieur ne s’étais senti piqué par cette vision fermée et négative d’une ville « différente » des standards touristiques.

Etant moi-même « esthétiquement différente » depuis ma naissance et ayant grandi à Lorient, ville que beaucoup décrient également comme « moche », industrielle et portuaire, j’ai pris ces remarques comme une agression personnelle et je me suis, plus ou moins consciemment, mis en tête d’apprécier cette cité quoiqu’on en dise. Le drame qui venait de se jouer ne devait pas entamer la lumière que j’avais décidé de mettre sur cette ville et sur mes vacances. Rajouter de la tristesse sur le malheur ne ressusciterait personne. Au contraire, jouissons de la vie tant qu’on en a puisque, encore une fois, elle nous rappelle qu’elle ne tient parfois qu’à un cable fil.

Je vous laisse là-dessus mais reviens vous montrer prochainement que je n’aurais pas à me forcer pour l’apprécier.

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Deadline

Deadline.

Ligne de mort.

Jamais je n’avais trouvé cette expression si parlante, si personnelle et si morbide.

La mienne se situe ce 20 décembre.

Le 20 décembre j’inaugure un projet qui a occupé une place majeure dans les 2 dernieres annees de ma vie. Et j’espère qu’un second projet sera complètement livré.

Le 20 décembre, je boirai du champagne pour fêter ma libération : le 20 octobre je pars en vacances.

Mais le 20 décembre c’est encore dans 13 jours. Tiens, nombre 13. Bonheur ? Malheur ? Je ne le sais pas encore. Par contre ce que je sais, c’est que je suis au bout du rouleau. Au propre comme au figuré.

Depuis septembre, la pression monte doucement mais sûrement. Et là je suis au bord de l’implosion. Du burn out dirait-on. Encore une expression anglophone affreusement juste. De nombreux signes sont déjà là. Signes que je ne connais déjà malheureusement que trop bien.

Il ne me reste que 2 petites semaines à tenir. Le plus dur est derrière moi. Je me dis que je peux le faire. Une petite voix me dis que je dois le faire. Cette petite qui n’est peut-être pas la plus bienveillante pour moi.

Un musée. 64 logements. 200 appartements en residences-services.

Un chantier, c’est 2 ans de vie. 2 ans à s’investir professionnellement, humainement, énergétiquement et émotionnellement. Un chantier, c’est comme un marathon. Les derniers mois sont les derniers kilomètres : faut pas lâcher, c’est là que tout se joue. Et tout se joue au mental, c’est bien connu. D’ailleurs, le corps m’a déjà lâché. Enfin, il aimerait bien le faire mais doit se contenter d’alertes plus ou moins handicapantes. Je ne lui donne pas vraiment le choix, il va falloir qu’il tienne encore. 13 jours précisément. Je sais que mon mental est fort. Fort à m’en rendre physiquement malade une fois que mon esprit libère la chair. Or, la je craque déjà. Même l’esprit commence à partir en vrille : un frein à main par-ci, une plaque de cuisson gaz par-là… Mes étourderies se multiplient et deviennent dangereuses.

3 chantiers mais 2 avec la même « deadline ». Chacun leurs contraintes, leur histoire, leurs enjeux. Mais avec moi à chaque fois au milieu.

2 semaines que je suis sous l’eau. Le sens propre contribuant à arroser le sens figuré. 2 semaines que je fais un 180% ! Et, encore je m’impose des limites. Je suis en mode équilibriste : je jongle entre les chantiers, passant de l’un à l’autre en fonction de l’urgence. Pas forcément en fonction de l’importance. C’est le feu. Et moi je brûle.

Quelle est cette part masochiste en moi qui me fait tenir ? Qui me fait surpasser mes limites ? Qui me fait renoncer à mes valeurs ?

13 jours c’est rien. Sauf quand la vie te fais un malin plaisir à te rappeler qu’elle peut partir sans prévenir, qu’il n’y a pas besoin d’être vieux pour mourir. En ce moment je constate que de toute façon je suis plus en mode survie que vie.

C’est comme si j’étais accro : demain, j’arrête. Et puis… Et puis rien. Demain est comme hier.

Je me suis promis d’arrêter. Le calendrier est coché. Mais plus la date approche moins j’ai confiance en ma parole. Et si il n’y avait pas de demain ? Que de regrets j’aurai. Bon ok, je ne suis pas sûre que les morts regrettent mais je ne souhaite pas vérifier.

Dans 13 jours je m’accorde 3 semaines de vacances. Chose que je n’ai pas faite depuis 3 ans et demi. 3 semaines pour prendre soin de moi. 3 semaines pour préparer un départ prévu dans 2 mois. Dans 13 jours c’est la deadline de mes projets. A moi de faire en sorte que ce ne soit que celle-là. A moi de faire que cette ligne soit un tournant de ma vie. Quelle soit une livedline !

Il est temps que je prenne le temps de vivre et que je vive plus pour travailler.

Lettre au Père Noël

L’année dernière encore j’écrivais au père noël pour lui faire connaître mes voeux les plus chers. Enfin, les plus chers, c’est façon de parler, car je savais que les lutins qui allaient recevoir ma lettre étaient loin d’avoir un budget illimité.

Il fait bon pourtant de pouvoir rêver, mais mes voeux les plus chers, en fait, ne sont pas les plus coûteux. Ça serait trop simple. Mes voeux les plus chers ne sont pas « achetables ». Alors j’aimerais vraiment que le Père Noel existe et exauce mes voeux.

Je souhaite du temps pour moi.
Je souhaite rencontrer et reconnaître la personne qui me fera vibrer tout ce temps.
Je souhaite de la sérénité.
Je souhaite la santé.
Je souhaite le courage d’être moins raisonnable pour réaliser mes plus envies les plus profondes.

Cette année je n’écrirai pas au Père Noël : j’ai grandi, malheureusement. De manière moins tendre avec moi-même je dirais que j’ai vieilli. J’ai l’impression d’avoir perdu la magie de Noël ; celle qui me remplissait d’excitation et me mettait des paillettes dans les yeux ; celle qui m’enchantait tout le mois de décembre.

Cette année je n’écrirai pas au Père Noël. Je n’ecrirai pas car j’ai bien peur que la petite fille en moi, pleine de rêves et d’espoir, s’est faite délogée par une bien plus mature et désillusionnée.

J’ai tout de meme fait une liste, une liste mail, efficace et sans aucune fioriture, des quelques cadeaux qui me feraient plaisir. Liste qui a pour avantages de répondre à mes besoins/envies et de faciliter la vie de mes proches. Quitte a etre dans la (sur-)consomation autant le faire du mieux possible. En contrepartie, les surprises ont peu de chance de prendre place sous le sapin. Et la magie qui va avec aussi.

Le mois d’octobre n’a pas été simple et celui de novembre s’est avéré rude. Le boulot a chronophagé toute ma vie. Résultat: je suis épuisée, ma santé trinque et j’agis à l’inverse de mes valeurs en laissant le travail prendre tout la place. Ceux qui me suivent noteront peut-être l’absence des derniers petits bonheurs du mois. Je n’ai eu ni la matière, ni le temps et l’énergie pour les faire ressortir. Et ce constat me chagrine.

La saison de l’avent est, pour moi, habituellement remplie de petites traditions qui me mettent en joie quotidiennement. Parmi les classiques et ceux qui arrivent en premier sur la liste, il y a invariablement : le calendrier, le sapin, et le vin chaud. Il n’y a pas si longtemps encore, il y avais aussi l’élection miss France qui, malgré son côté madeleine de Proust, a été laminée par ma conscience féministe.

Cette année, c’est une amie qui m’a très gentillement offert mon calendrier. Sans cela je crois qu’il n’y en aurait pas eu.

Le sapin est, quant à lui, tout nu dans mon salon depuis ce midi. Moi qui suis toujours ravie d’habiller ce géant vert, je peste dessus depuis plusieurs heures car je n’arrive pas à le positionner correctement. Il ne tient ni d’un point de vue de stabilité, ni d’un point de vue esthetique.

La session vin chaud, elle, s’est vue reportée par gilets jaunes

Cette année, je suis à côté. Je n’arrive pas à saisir la magie du moment. Au mieux, je suis déconnectée, au pire j’en suis énervée. Et je suis triste de ce ressenti. Je suis triste d’avoir l’impression d’avoir vieillie au point d’en perdre la joie qui m’emerveille habituellement.

Nous ne sommes que le 2 décembre, alors j’espère encore que ma morosité s’envole à temps pour réussir à apprécier comme avant ce moment.

J’en appelle à l’enfante en moi qui semble s’être assoupie et lui demande de bien vouloir reprendre en main mes humeurs de fin d’année. Si le Père Noël existait je lui demanderais de raviver la lumière de la joie qui faiblie en moi.

Mais là, maintenant, je me demande vraiment : où est passé la magie de Noël ?

Je ne soutiens pas les gilets jaunes

Pas de questions ; juste une prise de position.

Alors, voilà, c’est dit.

Maintenant, je pense qu’une bonne partie des gens va me lincher et l’autre n’osera pas se faire connaître.

Parce que les gilets jaunes sont de pauvres petites gens qui souffrent… Et il faut compatir avec les gens dans la souffrance. Sinon t’es pas un.e gentil.le. Tant pis, j’assume, j’ai pas envie d’être gentille sur ce celui-là.

Ils en ont marre de payer le carburant plus cher ? Moi j’en ai marre d’être « politiquement » correcte. Je n’ai ni l’envie, ni l’énergie pour une pitié condescendante.

Ce mouvement m’agace.

Ça m’agace qu’on râle parce que l’essence est trop chère alors qu’elle l’a été bien plus que ça. Il y a 15 ans je faisais mes premiers pleins et je les payaient plus cher qu’aujourd’hui. Ma voiture avait un réservoir de même capacités mais consommait beaucoup plus. Donc je payais plus cher, plus souvent (et je ne gagnais rien puisque j’étais etudiante).

Ça m’agace parce que dans notre système financier tout augmente en permanence. Le carburant aussi. C’est le jeu. S’il faut râler sur ça, faut râler sur tout.

Ça m’agace parce qu’à l’heure où la planète surchauffe, la masse se bouge pour pouvoir accélérer la cadence. Il me semble pourtant qu’au jeu du changement climatique, l’homme (et de nombreuses autres espèces au passage) va se faire laminer par la planète. Y’a peut-être d’autre sujet de lutte non ? Rouler vs survivre…

Ça m’agace parce que les blocages ne bloquent que ceux qui ne peuvent rien n’y faire et qui subissent les mêmes désagrément budgétaires. Sauf que grâce à ces lutteurs pour le bien de tous, nombreux sont ceux qui vont se retrouver enfoncés grâce à ce soutien fluo : surconsommation de carburant grâce aux bouchons, paie réduite pour arrivée en retard au boulot, surprime de nounou pour ne pas avoir pu rentrer à temps et autres joyeusetés de ce genre.

Ça m’agace parce qu’il semblerait qu’il n’y ait plus que ça qui compte. Toutes les news, tous les medias ne parlent plus que de ça. Impossible d’ouvrir la télé, un journal, un réseau social sans se faire noyer de gilets jaunes. On s’est pris un an de plus à travailler. La retraite à 63 ans ? pfff… Pas grave.

Ça m’agace parce qu’il paraît que c’est plus que ça (ça = prix du carburant). « Ça » serait une remise en cause générale des taxes et du pouvoir d’achat. Sauf que les taxes sont obligatoires pour assurer les prestations sociales. Et que ceux qui râlent le plus sont, paradoxalement, ceux qui bénéficient le plus de ces prestations, tout en étant les plus exonérés d’impôt en tout genre.

Ça m’agace parce qu’à aucun moment quelqu’un se dit que, plutôt que de chercher à pouvoir acheter plus, ça serait intéressant de chercher consommer, moins voire mieux.

Ça m’agace parce que ça râle contre le président. Comme d’hab. Jamais un président n’a fait l’unanimité. Donc on fait quoi ? On le vire et on râle sur le suivant ? Sinon ceux qui le juge incompétent peuvent aussi faire des propositions. Ça sera sûrement plus productifs qu’un simple « Je suis pas content ».

Ça m’agace parce que j’ai l’impression d’avoir une bande d’enfants gâtés qui pique une crise en attendant que le gouvernement cède à ses caprices. Merde, grandissez ! Passez à l’adolescence : Si t’es pas content crée ton chemin. Agis pour ton indépendance. Au pire, change de pays, va voir si l’herbe est plus verte ailleurs et ramène-nous tes conseils de jardinage.

Moi aussi je roule mais j’essaye de marcher ou de pédaler quand je peux. C’est mieux pour mon portefeuille, ma santé et l’environnement.

Moi aussi je paye des taxes qui font mal à mon budget et à mon humeur. Et puis je pense à ma scolarisation publique, à ma couverture santé, aux réseaux de communication en tout genre et autres conforts quotidien dont je jouis grâce aux entités publiques.

Non, tout n’est pas rose. Oui, il y a de belles marges de progression sur la gestion des finances publiques, la gestion de « notre » argent. Mais autant sur le fond que sur la forme, je trouve cette contestation mal placée. Elle me gave plus qu’elle n’attire ma sympathie. Je la trouve vide de réflexion, d’intelligence.

La France est un pays où on a la chance de pouvoir s’exprimer. Ce que font les gilets jaunes. Ce que je m’autorise ici en exprimant un avis discordant. Merci à tous de respecter ma différence de pensée.

Maîtresse !

Encore une question qui me pose problème. Enfin c’est plutôt la réponse que j’en fait qui me pose problème. La première réponse qui me vient à l’esprit est celle qui me semble dominante dans la société. Et pourtant, c’est celle qui me semble la plus injuste, la plus orientée, la moins complète.

Mais quelles est donc cette question qui me perturbe tant ? Celle que vous vous êtes surement poser en lisant le titre : maîtresse.

Si je vous dis maîtresse à quoi pensez-vous ? Quelle est l’image qui vous vient en premier à l’esprit ? Institutrice ? Amante illégitime ?

Maintenant, si je vous dis maître à quoi pensez-vous ? Instituteur ? Dominant ? Référent ?

Allons faire un petit tour sur Larousse pour avoir une définition « officiel ». La blague : Quand je tape maîtresse on me sort la définition de maître… Je m’attendais à un truc du genre : féminin de maître. Mais non, pire que ça : la maîtresse n’existe même pas sur Larousse !!! J’ai envie de dire que ça tombe bien puisque ce qui m’amène ici aujourd’hui c’est une colère de frustration sur la langue de molière (c’est à son époque que les français semblent avoir eu envie d’exterminer le féminin de leur langue). Encore.

Être maître ou maîtresse devrait simplement faire référence à une personne ayant la maîtrise d’un sujet (physique ou philosophique). Si cette définition peut sembler finalement assez évidement, elle semble être absurde au quotidien. « Maître » est respectable. « Maîtresse » devient ridicule. Pour être crédible la femme doit être masculine.

Avez-vous déjà songé à appeler une avocate « Maîtresse » ? D’ailleurs certain.e.s s’insurge toujours devant la féminisation même de ce titre professionnel « respectable.

Je parlais de frustration car pour ma part je suis officiellement – accrochez-vous – Titulaire du diplôme d’Architecte d’Etat et de l’Habilitation à la Maîtrise d’Oeuvre en Nom Propre. Souvent réduit illégalement à « architecte » (car je ne suis pas inscrite à l’ordre, comme la quasi totalité des personnes avec cette formation exerçant en salariat). Si vous avez suivi, c’est la fin de ce titre à rallonge qui me titille : Maîtrise d’oeuvre…

Etant axée sur la partie Exe des projets, mon quotidien consiste à faire de la maîtrise d’oeuvre et/ou de L’OPC. En tant qu’OPC je n’ai aucun soucis à me présenter telle quelle. La neutralité du terme étant factuelle. Pour la partie maîtrise d’oeuvre, je pourrais me présenter en tant qu’architecte mais j’aurais le sentiment d’usurper la place des concepteurs.trices (sans revenir sur l’illégalité de l’usage -voir plus haut- bien que les décorateurs.trices n’aient aucun scrupule à se faire appeler ainsi en ayant encore moins de légitimité à le faire). En tout logique je devrais me présenter en tant que « Maîtresse d’Oeuvre ».

Maîtresse d’Oeuvre ! En tant que féministe qui s’assume, et bah… j’assume pas. La place d’une femme sur un chantier est encore totalement déplacée pour certains de mes interlocuteurs (Pour le coup, mes interlocutrices n’ont aucun problème avec ça.). Incongrue pour d’autres ou même simplement perturbante. Seulement, c’est ma place et la revendique avec force à la moindre remise en question.

Mais… Maîtresse d’oeuvre, je n’y arrive pas. J’ai l’impression qu’avec cette féminisation de la position je perds toute ma crédibilité.

Je suis une femme et il n’y a rien à changer, ni même de changeable sur le sujet. Contents ou pas, c’est comme ça. Mais si je suis une femme, au boulot, je mets ma féminité en sourdine. Plusieurs raisons à cela. D’abord, question pratique : talons et chaussures de sécurité s’accordent mal. Grimper, s’accroupir, enjamber se font bien plus aisément en jeans qu’en jupe. Puis aussi et malheureusement pour une question de crédibilité. Je préfère qu’on se concentre sur ce que je dis plutôt que sur l’image que je renvoie. Je ne suis pas innocente et j’ai parfaitement conscience que mes collègues féminines et moi-même sommes le sujet de quelques conversations. Cependant, je préfère qu’on parle de moi pour des consignes que j’ai données et qui prêtent à discussion plutôt que des parties de mon corps que je leur auraient mis sous le nez.

Pour l’avoir déjà payé de rires graveleux, l’esprit chantier est très fortement primitifs : manger, boire, copuler. Une femme sur un chantier et déjà les esprits se réchauffent. Si celle-ci se présente en tant que maîtresse je pense qu’ils s’enflamment. J’avoue ne pas avoir le courage de vérifier. Et de cela je m’en veut. Je leur en veut !

En quoi, une maîtresse serait moins compétente qu’un maître ? Pourquoi un maître inspire le respect, une maîtresse, un fantasme ?

Que faire pour changer ces mentalités ? Montrer l’exemple ? Oui mais essuyer les plâtres de cette nouveauté ? Je suis beaucoup moins motivée…

Peut-être qu’il faut juste laisser le temps faire son oeuvre. Une chose à la fois ? Un pas après l’autre ? A ce rythme on ne va jamais y arriver… Les femmes sur chantier sont en voie acceptation mais encore loin d’être une évidence. Doit-on faire passer la pilule en douceur ou mettre un coup de pieds dans la fourmilière ? Le deuxième est bien tentant mais le premier est plus facile. Vu, l’énergie que demande ce métier, je crois que je n’ai pas les ressources pour instaurer cette nouveauté. Pour le moment en tout cas. Un jour peut-être. Un jour, j’espère.

Enfin, si je reste assez longtemps dans la branche pour cela…

Les petits bonheurs de septembre

Ma liste de septembre arrive tardivement. J’avoue avoir peiné à la sortir. Autant août est mon moi, septembre me convient beaucoup moins… Mais c’est pour cela qu’il était important que je le fasse : se forcer à reconnaître les choses positives même et surtout quand l’ambiance général n’a pas cette tendance permet de se tirer vers le haut.

  1. Préparer le mariage de sa maman
  2. Faire un grand nettoyage de rentrée
  3. Continuer à trier, vider, évacuer
  4. Avoir un transfo. Ça peut paraître étrange comme point mais, cela a été une lutte professionnelle de plusieurs mois donc, ça fait vraiment du bien quand le but est atteint.
  5. Retrouver des clés que je pensais perdue. En fait, elles étaient juste rangées. Un peu trop bien pour ma façon de vivre.
  6. Marier ma maman. Il n’y a pas d’age pour célébrer le bonheur d’un union.
  7. Aller à la pêche aux coques. Avec ma sœur et sa petite famille. Retour en enfance, madeleine de Proust garantie !
  8. Faire un petit tour en Bretagne. Toujours un joli moment pour se ressourcer
  9. Profiter de la vue d’en haut d’une grue. Les petits plaisirs de mon métiers.
  10. Pique-niquer.
  11. Passer du temps en famille.
  12. Manger des fruits de mer
  13. Trouver le réglage de mon téléphone et de ma voiture pour enfin écouter des podcasts en roulant.
  14. Manger des framboises piquées direct sur le framboisier
  15. Avoir des anciens super collègues qui répondent présents quand j’ai une passe difficile professionnellement.
  16. Découvrir ma voisine de bureau et en son orgue. Ma voisine est une église municipale fermée la plupart du temps car elle sert de locaux pour des associations. Les journées du patrimoine m’ont permis d’aller faire sa connaissance.
  17. Voir la fonte et le décochage de cloches. Un instant rare et impressionnant réalisé également dans le cadre des journée du patrimoine à Toulouse.
  18. Assister à un superbe coucher de soleil sur la Garonne.
  19. Retourner dans un musée que j’ai livré l’hiver dernier. Découvrir sa nouvelle expo qui en plus a pour thème les premiers paquebots !
  20. Ecouter un voisin jouer du saxo.
  21. Avoir une photo aimée par Elyxyak. A l’échelle de mon blog, mon compte Instagram est confidentiel. Ce faire repérer par un influenceur que l’on suit avec plaisir donne le sourire.
  22. Reprendre la course. Se fixer un nouvel objectif
  23. Recevoir des nouvelles du passé. Flatteur même si je ne sais pas quoi en faire.
  24. Avoir des propositions pour l’avenir même si je ne sais si je dois accepter.
  25. Faire une rando à travers les vignes et la forêt avec une température estivale et des couleur automnale.
  26. .Trouver une solution à mes turlupinations. A voir si elle est viable. Mais rêver une journée, c’est toujours ça de pris.
  27. Passer du temps avec des ami.e.s
  28. S’entendre dire qu’on à changer. Positivement.
  29. Avoir de belles occasions pour sortir l’appareil photo
  30. Retrouver quelques séries à regarder au fond de son canapé.

En espérant que ce mois de rentrée ait été bienheureux pour vous, je vous souhaite un agréable mois d’octobre.

La peur de ma vie

Je crois que je suis de nouveau dans une phase de remise en question. Vu le nom du blog ça ne devrait surprendre personne. J’ai eu l’impression d’avoir trouvé une certaine stabilité. Qui m’a fait du bien. Je pense. Je crois. Mais je ne suis pas sûre que cela me convienne à long terme. Pour moi stabilité a tendance à rimer avec routine. Or la routine me déprime.

Ces derniers jours, j’ai de nouveau craqué. J’ai l’impression que mon boulot consiste à recevoir la pression du client et à la retransmettre aux entreprises. J’ai le sentiment qu’il est vide de sens et empli d’ondes négatives. Cela fait 2 ans que je suis en CDD avec un contrat qui me porte encore sur les 6 mois à venir.

Cette semaine, j’ai craqué et j’ai demandé à mon patron s’il voulait que je lui donne ma démission aujourd’hui ou si j’attendais la semaine prochaine. Le ton était léger mais la pensée était sérieuse. Il m’a répondu la semaine prochaine. Le soir même il m’a proposé de prolonger mon contrat jusqu’à l’hiver prochain…. Je lui ai répondu que vu ma proposition de l’après-midi, la sienne était mal venue et qu’on en rediscuterai la semaine prochaine.

Je sais que cette offre n’est pas le fruit du hasard. Je ne cache ni ma situation, ni ma confusion. Pas même aux clients. Certains diront que je ne sais pas me tenir. Je m’en fiche, m’a liberté de pensée et d’expression passe avant les conventions. Je ne sais pas mentir et n’en ai aucune envie. Bref, un de ces clients en question a bien senti que cette petite histoire de démission n’était pas une parole en l’air et a été voir mon patron à la fin de la réunion pour qu’il s’assure de ma présence jusqu’à la fin de son opération, c’est-à-dire fin 2019.

En parallèle de ce projet, j’en ai deux autres en phases de livraison. Sur des chantiers de deux ans, cela correspond au sprint final d’un marathon. J’ai deux/trois mois à tenir à ce rythme-là. Je ne sais pas comment je vais tenir la pression sans dépression. Il parait déjà que j’ai perdu du poids, si j’en crois la remarque qu’on m’a fait hier. Fort possible étant donner que je me retrouve parfois trop occupée ou trop fatiguée pour manger.

J’ai l’envie de tout quitter et on me propose de m’enraciner un peu plus. A ce jour je me sens incapable d’accepter. Au fond de moi, j’espérais que l’échéance de février me « libérerait ». J’envisageais de quitter Toulouse pour rejoindre l' »Océan » comme ils disent ici. La mer me manque. Énormément. J’ai l’impression d’être une droguée en manque. Mon escapade sur Belem cet été , loin de m’apaiser, à raviver ma dépendance.

Vous me direz que je suis libre de refuser et donc libre de partir. Le problème c’est je ne m’en sens pas capable. Histoire de culpabilité, de « conscience » professionnelle. Je n’ai pas envie de laisser tomber mon client. Mais… une fois que j’aurai fini avec celui-là, je serai bien engagée avec un autre et le schéma se reproduira. Si j’accepte de prolonger de quelques mois, dans quelques mois j’accepterai encore quelques mois et ainsi de suite. 10 ans pourront passer à ce rythme. Je me réveillerai un jour en me demandant comme je me suis laissée emporter là.

Cela va faire deux ans aussi que je me suis mise à rêver d’un voyage au long court. Plus le temps passe, plus je me dis que je laisse ce rêve s’éloigner de la réalité. L’autre jour, j’ai entendu dire qu’il fallait être auteur.e de sa vie et non spectateur/trice. Cela m’a particulièrement touchée, car j’ai bien conscience que je me laisse balloter par les événements au lieu de les provoquer.

Je me suis remise à courir après dix ans sans pratique de cette activité. Cela me permet d’évacuer physiquement un trop plein psychologique. La petite voix au fond de moi me dit aussi que c’est une jolie allégorie de la fuite. Je fuis ma vie, mes choix, mes responsabilités propres, mes peurs. Mes PEURS. Je crois que le nœud est la. Dans la peur. Je me sens couarde. La peur me paralyse.

J’ai été élevée dans la raisonnabilité. Plutôt fourmi que cigale. Si je regarde avec objectivité ma situation, j’ai les moyens de tout plaquer. Mais je ne le fais pas. J’ai peur. Je m’accroche à chaque minuscule circonstance pour me trouver l’excuse de ne pas me laisser aller. Cette prolongation de contrat en est une.

Cette peur me rend malade. L’autre jour, j’ai couru à m’en rendre vraiment malade. Je ne savais même pas que c’était possible. Mode gastro activer pendant 3h…

J’ai peur de partir mais j’ai peur de rester de rester aussi. J’ai peur de voir ma vie défiler et de me la charger de regrets. De me dire « j’aurais dû ». De ce fait, je n’avance nul part. Ni dans mon enracinement, ni dans mon envol. Je n’achète pas d’appartement de peur de me sentir fixée ; je n’achète pas de billet d’avion de peur de me sentir larguée. Je suis bloquée dans mes contradictions.

De tous ces nœuds qui m’encombre l’esprit, il y en a un ou deux qui ont glissé dans mon estomac, et puis un autre qui s’est arrêté dans la gorge. Je sens, par bouffée, des larmes qui cherchent à s’échapper. Si j’arrivais à les laisser s’évacuer peut-être que cela me permettrait de me laver les idées.

Tout à l’heure ça a débordé. Le déclancheur ? Génération tour du monde : Le voyage d’une vie. De voir ces gens qui ont osé m’a bouleversée. Il y a un passage (23:30) où il est question de « chance ». Les gens leur disent qu’ils ont de la chance. Si ils sont d’accord pour dire qu’ils sont nés dans un contexte privilégié, ce qui leur permet de vivre ce qu’ils vivent, ce n’est pas la chance ma leur volonté. Ce que j’entends à ce moment-là, c’est bouge toi ! Mais je n’y arrive pas. J’ai besoin d’un coup de pouce, voire d’un coup de pied pour me lancer. Certaines personnes de mon entourage m’encouragent. Mais mes plus proches n’y croient pas, me découragent, me disent que ce n’est pas raisonnable ni réalisable. Je sais que c’est réalisable et j’en ai marre d’être raisonnable. Mais j’ai l’impression d’avoir été formatée pour l’être et je n’arrive pas à me reconfigurer en mode liberté.

Je suis en colère contre moi. Je suis en bataille contre moi. Je n’ai aucune idée de la partie qui va gagner. Je soutiens l’une mais je crois en l’autre. Je sais que je serai fière de moi si je passe le cap. Je sais que j’aurai de regrets si je ne le fais pas. Je sais que c’est possible, que ma vie ne sera pas plus en péril en partant faire ce voyage qu’en restant ruminer ici. Dans la liste des pours et des contres. Les pours l’emportent largement. Mais la peur semble être le vigile de ma vie et je n’arrive pas à la laisser me permettre de Vivre ma vie et non me contenter de la contempler.

Encore un article avec des questions sans réponses. Mais écrire me fait du bien. Poser des mots soulage mes maux. Si vous avez un avis sur le sujet, n’hésitez pas à commenter ça ne pourra que m’aider.